Editorial : Cannes – un G20 kidnappé

Au G20 des 3-4 novembre à Cannes, le président chinois Hu Jintao rencontra un problème qu’avait connu Charles de Gaulle un demi-siècle en arrière : voulant soutenir financièrement des pays d’Afrique, le Président français avait alors dû affronter une coalition de mécontents menés par un certain Pierre Poujade, hostile à toute aide hors frontières au nom du slogan «la Corrèze, plutôt que le Zambèze ».

À Cannes, Hu avait été suivi par les critiques d’une presse et de millions d’internautes cocardiers, inquiets de voir gaspiller l’épargne durement gagnée des Chinois, au profit d’Européens «gâtés et dépensiers». Le slogan était : « Wenzhou » (la métropole du Zhejiang dans la tourmente financière), « plutôt que Ouzhou » -l’Europe!

De fait, la menace éphémère par le 1er ministre grec d’un référendum sur le plan de sauvetage de son pays, avait escamoté l’agenda du G20, portant sur la réforme de la finance mondiale et la défense de l’²uro. Comment pour Pékin, concevoir un soutien à un bloc si fragilisé ? Et si Athènes quittait l’Euro (l’UE), que devenait son invest de 2009, de concession de 35 ans du port du Pirée pour 4,3MM² ?

Aussi, alors que Hu réitérait son «soutien moral » à l’Union Européenne et à son hôte Nicolas Sarkozy, son vice ministre des finances Zhu Guangyao précisait que toute idée d’achat de dette européenne était prématurée. Pékin avait fermé la porte à tout financement direct dans le FESF, Fonds de Stabilité Européen, dans lequel, selon la chancelière Angela Merkel, aucune nation n’était prête à investir!

De toute manière, même sans la foucade de G. Papandréou, les divergences parmi les 17 pays membres de l’Eurozone auraient suffi à bloquer les décisions : ils n’étaient pas prêts, fût-ce à discuter d’une discipline communautaire budgétaire, ni à laisser Bruxelles émettre des Eurobonds à la place des bons d’Etat. Au G20 manquait aussi le consensus sur les contrôles des flux de capitaux: pas d’accord (vu l’hostilité immuable britannique, US mais aussi chinoise) sur une taxe des flux financiers.

Avec 24h de recul toutefois, ce G20 jugé « décevant » présente malgré tout quelques avancées. Ainsi la Chine, comme d’autres pays à réserves monétaires, s’engage à relancer sa consommation intérieure, accélérer la course de son marché des changes vers plus de flexibilité, tout en freinant l’accumulation de ses réserves, ce qui devrait entraîner la hausse du ¥uan. D’autres principes sont acquis, telle la recapitalisation du Fonds monétaire international, quoique non chiffrée: ce en quoi sa cheffe Christine Lagarde voit la liberté future des Etats bailleurs de fonds, d’y investir sans limite.

D’autre part, Pékin, et bien d’autres pays riches en cash (Brésil, Japon) n’ont pas dit leur dernier mot, sur le soutien à l’Euro. Contrainte et forcée, l’Italie de S. Berlusconi a dû proposer au G20 de laisser le FMI et Bruxelles surveiller ses comptes, pour se porter garants de son retour à la respectabilité budgétaire. Une fois que l’Europe aura montré cette «patte blanche», Pékin se dit officieusement prêt à lui confier 100MM² : pour soutenir son 1er marché à l’export et ses 650MM² d’obligations des Etats membres, et surtout investir dans l’influence sur le vieux continent.

Sur ce dernier point, Hu Jintao donna a contrario la preuve d’un déficit. Alors qu’il déclarait hier vouloir «bâtir avec N. Sarkozy un partenariat global stratégique sino-français de type nouveau», aucune déclaration bilatérale n’avait lieu à l’issue du Sommet. Au contraire, c’est avec Obama que le 1er magistrat français se produisait sur TV5 pour célébrer les liens entre les deux peuples. Signe que sur le fond, les alliances historiques demeurent l’ancrage primordial, et les récentes, un investissement sur l’avenir—pas sur le présent !

 

 

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