Trois dossiers d’actualité, impliquant la Chine et le monde, furent discutés à Pékin par Alain Juppé (12-14/09), au terme d’un périple planétaire de préparation du G20 de novembre à Cannes.
[1] Juppé venait pour peaufiner une réforme des flux financiers, acceptable au plus grand nombre. Mais soucieux de réserver à Nicolas Sarkozy (voire à une poignée de décideurs du monde) la teneur des «ouvertures nouvelles importantes» acquises lors des échanges, Juppé se bornait à révéler que cette réforme ne se «ferait pas en un jour». Cette discrétion un peu atypique nourrit le soupçon : l’écart conjoncturel croissant entre Chine et Europe ne serait-il pas en train de décourager la Chine d’adhérer à l’ambitieux partenariat offert par Sarkozy ? Un an d’efforts diplomatiques français vers Pékin seraient-ils sur le point de déboucher sur le néant ?
[2] Les deux Ministres des Affaires étrangères ne pouvaient éviter le sujet de la crise des bourses et banques européennes — tirées dans le gouffre de l’économie grecque. Clairement, le remède de cheval imposé à Athènes l’achève au lieu de la guérir. D’autres commencent à souffrir, telle l’Italie, très endettée (1900MM²). Pour continuer à emprunter au rythme de 12MM²/semaine, elle paie près de 4% de plus que l’Allemagne -les émissions présentes ne servant qu’à refinancer la dette passée, sans même parler de la résorber. Ceci, afin d’éviter le défaut de paiement – sort qui semble inéluctable pour la Grèce dans les mois prochains.
Or, voilà que dès le 12/09, des indiscrétions suggéraient des achats significatifs de bons italiens, par une Chine volant à son secours. Scepticisme à travers le monde : pourquoi acheter des titres italiens douteux, dont mêmes les Européens ne veulent plus. Ex-conseiller à la Banque centrale Yu Yongding, exprimait un sentiment courant en Chine, en disant: « la Chine n’a pas vocation à être le sauveur des pays en difficulté ».
Pourtant à Dalian, devant le Gotha des décideurs du Word Economic Forum (14/09), le 1er ministre Wen Jiabao confirmait la disponibilité chinoise à injecter des fonds en Europe, pour peu que ses Etats prennent les mesures pour calmer leur marché. Mais rien sans rien. En contrepartie, Wen attendait de la zone Euro des gestes «courageux», tel l’octroi à la Chine du statut d’économie de marché, peut-être dès le sommet Europe-Chine le 25/10, à Tianjin.
Enfin Wen pratiquait l’optimisme sur commande, réaffirmant sa foi dans la capacité de l’Union Européenne et des USA à guérir. Malgré la récession extérieure et l’inflation interne (+6,2% en août), la réforme continuerait : le maintien d’une forte croissance (9% cette année) serait « la contribution chinoise à la convalescence de l’économie mondiale ».
[3] 3ème sujet abordé : le printemps arabe — Chine et Union Européenne échangeant sur le bouleversement dans cette région. Face à la Libye, ce n’est que le 12/09 que la Chine reconnut, bonne dernière des puissances, l’autorité du Conseil National de Transition – ce dernier ayant lui-même reconfirmé la veille la validité des 20MM$ de contrats signés par 26 firmes chinoises sous Kadhafi. Des semaines de conciliabules s’achevaient ainsi, probablement sous la pression de Pékin, contrôlant le dégel de 15MM$ d’avoirs de l’ancien régime, bloqués à l’étranger.
Le hasard voulut qu’au même instant se révèle la tentative par trois consortia militaires chinois, jusqu’en juillet, de vendre à Kadhafi pour 200M$ d’armes. Avec une telle image auprès des Libyens, faire reconfirmer ses contrats est un grand succès pour la Chine, prouvant que l’offre chinoise de développement low cost, faite aux pays émergents, reste irremplaçable.
Enfin, face à la Syrie, Juppé annonça que Pékin n’avait en rien changé d’avis dans son refus (partagé avec Moscou) d’une condamnation à l’ONU de la sanglante répression par Damas. Sauf renversement de situation sur le terrain, la Chine, résolument conservatrice, maintiendra son soutien impavide au dictateur Bachar el Assad et à son Parti Baas — faisant ainsi un pari risqué, quitte ou double !
Sommaire N° 30