La rentrée diplomatique chinoise s’est focalisée sur un dossier chaud, la Mer de Chine du Sud.
Fin août, le Président philippin B. Aquino visitait Pékin (cf VdlC n°28). Le 7/09 le Conseiller d’Etat Dai Bingguo s’envolait pour Hanoï. A chacune rencontre, l’ambiance se veut cordiale. Aquino rentre avec la promesse d’une route navale à l’abri d’arraisonnements chinois. Dai fait miroiter aux Vietnamiens des explorations pétrolières conjointes et s’engage à accélérer les palabres de partage des droits économiques sur cette mer, selon le Code de conduite de 2002 et surtout la loi internationale : ce qui change toute la donne !
Une déchirante révision semble avoir lieu à Pékin sur ce sujet. Symbole : à Jinjiang (Fujian), Tan Qixiong, le patron pêcheur, arrêté en 2010 au Japon pour avoir chargé deux garde-côtes près des îles Diaoyu / Senkaku, est aujourd’hui interdit à vie de reprendre la mer : dur coup du sort, après avoir été défendu bec et ongles par l’Etat chinois, et accueilli à son retour en héros national !
Mais cette révision est loin de faire l’unanimité. Publié le 06/09, un Livre blanc de l’Etat énumère toujours parmi ses intérêts vitaux, intégrité et unité territoriales : preuve d’une influence persistante des intérêts conservateurs. Par contre, on remarque la sourdine apportée par le professeur Wang Anling, à son discours d’ordinaire patriotique : «Certes, notre revendication sur la Mer de Chine est sacrée, mais elle ne vaut pas la stabilité dans la région ».
Selon un expert occidental, ce malaise que vit la Chine a pour origine une erreur d’interprétation faite 10 ans en arrière, sur les intentions des Etats-Unis. Dans les années 2000, la marine américaine se faisait discrète en Asie sous G.W. Bush, et B. Obama était élu sur un programme de politique intérieure.
Pékin en déduisait que les USA étaient en train de se désengager du Pacifique, la laissant y étendre son empire, selon la doctrine de l’amiral Liu Huaqing, qui se donnait 30 ans pour, îles après îles, accéder au Pacifique.
Mais dès 2008, malgré sa pénétration « douce », la Chine ne pouvait que constater l’inquiétude de ses petits voisins, leur appel aux Etats-Unis — qui répondirent alors par un soutien sans équivoque. Dès lors, l’armée chinoise (APL) tentait le forcing, multipliant les gestes unilatéraux de souveraineté sur la Mer de Chine-renforçant la tension, contredisant ses promesses de bon voisinage. Les choses empirèrent après juillet 2010, date d’inauguration de l’Accord régional de libre-échange. Dès lors, les pays de l’ASEAN (Association des Nations d’Asie du Sud-Est), assurés d’obtenir ces privilèges douaniers, n’avaient plus de raison de se taire, commencèrent à se défendre. Hanoï invita les pays riverains à s’unir, les USA et la Russie à revenir, internationalisant le conflit.
Dai Bingguo a donc fait cette concession essentielle, de traiter le dossier « selon la loi internationale », donc selon la Convention du droit de la mer de l’ONU. Mais son pays insiste toujours pour un règlement bilatéral séparé avec chaque pays, ce que les autres n’accepteront jamais. Et le temps presse – des nuages s’accumulent. Le 14/09, Vietnam et Indonésie conviennent de lancer des patrouilles conjointes en Mer de Chine du Sud, et l’Inde annonce une campagne d’exploration, par sa compagnie ONGC, dans deux zones vietnamiennes, rejetant le veto chinois comme « sans fondement légal »…
Tout ceci suggère que la position chinoise est de moins en moins tenable, et accentue la fragilité de la « cordialité » exprimée lors des rencontres avec le Vietnam, les Philippines -et toute l’Asie !
Sommaire N° 30