Temps fort : Le PCC—entre anniversaire et examen de conscience

Le 01/07, le Parti Communiste Chinois a fêté son 90ième anniversaire en très petit comité, à 6000 au Grand Palais du Peuple, la population étant réduite aux discours à la Télévision (Hu Jintao, Xi Jinping).

Réactions de la rue: «Cette fête, c’est la leur, pas la notre», s’exclamait ce médecin sexagénaire, tandis que ce cadre osait dire que « tout ce qu’a fait Mao avant 1949 était bon, mais rien après» – remarque qui l’aurait emmené droit en camp 20 ans avant. On remarque aussi que jusqu’au matin de la fête, son agenda était resté secret : face à une opinion désabusée et un climat social mauvais, l’appareil pouvait vouloir garder profil bas, pour prévenir tout incident.

Une autre raison à cette discrétion est structurelle. En théorie et en pratique, le pouvoir chinois est scindé en 2 branches, l’une civile, représentée par le Conseil d’État et le Parlement, l’autre politique, avec Bureau politique et Comité Central. L’une et l’autre filière représentent le Peuple, mais la seconde lui est hermétiquement fermée, et ne rend de comptes formels que tous les 5 ans, lors des Congrès. Aussi cette fête, ne concernait que le Parti ainsi que le « bras armé de la dictature du prolétariat », l’APL, l’armée populaire de libération.

Au demeurant, cette vénérable formation ayant déjà vu se succéder 5 générations de leaders révolutionnaires, puis technocrates et ingénieurs, est agitée par de profonds soubresauts. Depuis janvier, sans doute en réaction angoissée au printemps du jasmin arabe, on assiste à un raidissement réactionnaire, déjà amplement analysé dans nos colonnes. Justement, on vient d’apprendre le report sine die du plan de réforme politique à Shenzhen, seule expérience notable de ce type en Chine cette année. Ce plan était pourtant limité spatialement (à la zone économique de Qianhai), et conceptuellement. Le directoire exécutif de Qianhai aurait du recevoir 2 membres sur 11 venus de Hong Kong. Il aurait du adopter ses lois, règlements et son régime fiscal autonome. Un organe anti-corruption calqué de l’ICAC Hongkongais était prévu. Tout a disparu.

A défaut de se réformer, le PCC a augmenté ses membres, aujourd’hui 80M. Il prouve aussi sa capacité à attirer les compétences – la jeunesse diplômée qui y voit son seul moyen d’accéder au pouvoir. A Pékin en 20 ans, les membres du Parti dans les firmes étrangères sont passés de 51 à 2832 (2010), et ils y ont créé 109 cellules, informant l’appareil en temps réel des choix de la firme et de ses progrès commerciaux.

Enfin, le Parti fait le grand écart entre le sommet qui veille au pouvoir, et la base rêvant de new deal.

En haut, un militant anonyme vient de «fuiter» 60 pages de documents internes sur la manière de verrouiller la pyramide sociale par une délation et une censure plus performantes.

En bas, on sent une demande de démocratie interne, de transparence, une sympathie pour les élections (civiles) intermédiaires, et une répulsion croissante envers la peine capitale, qui élimine 6000 vies humaines/an, dont des innocents…

Et c’est ainsi que 90 ans après sa naissance, le PCC, interminablement, cherche son âme, sa voie, son avenir !

 

 

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