En société chinoise depuis 1980, les plus démunis souffrent. Aussi, le Conseil d’Etat vient d’adopter (15/06) deux programmes décennaux, chacun annonciateurs de lois et d’organes nouveaux, pour protéger deux groupes vulnérables, les femmes, et les enfants. Le contenu de ces plans reste confidentiel – mais les problèmes qu’ils devront affronter sont bien connus :
Pour la femme qui, selon Mao, occupe « la moitié du ciel», les progrès en 10 ans ont été fulgurants, en terme d’accès au travail et au revenu. Mais la réussite de ces working girls a pour contrepartie le harcèlement sexuel au travail sur 20% d’entre elles, et la violence, qui touche 35% des foyers, dont 85% de femmes. En ville de plus en plus, les femmes se défendent… en divorçant. En 2010, la Chine a enregistré 1,96M de désunions, un tiers de plus que les mariages (1,2M) : si la stabilité sociale est vraiment sa priorité majeure, l’Etat doit réagir sur ce terrain.
70% des divorces sont demandés par les épouses. L’enjeu est le partage patrimonial -là encore, les femmes sont souvent pénalisées par la difficulté à trouver les preuves de la plainte -infidélité ou brutalités. Dans les campagnes, où 62% des femmes sont battues, s`ajoute la violence économique : les ¾ des villages continuent à redistribuer aux hommes la part des terres ou des récoltes qui leur revient. Les lois restent lettre morte, sous une vision obscurantiste de la femme « inférieure » -c’est cette même mentalité qui cause l’avortement sélectif, et en 2010, 118 naissances de garçons pour 100 filles.
Tout comme la femme, l’enfant ne dispose pas des mêmes chances, en ville ou à la campagne. Notamment à l’école et à l’hôpital, qui depuis 1980, restent privés de financements d’Etat, obligés pour survivre d’accorder la priorité aux riches.
Aussi, alors que 9 ans d’école sont obligatoires (avec une gratuité en principe assurée depuis 2003), maternelles et crèches ne reçoivent que 1,3% des dépenses d’éducation, contre 10% dans les pays développés. Avec des budgets si maigres, cette 1ère école n’est donc accessible qu’à un tiers des tout-petits villageois parmi lesquels un tiers ne feront qu`un an sur trois d’école maternelle.
. Un autre problème est l’exode des parents vers la ville : un tiers des enfants restent au hameau, avec des grands-parents souvent fatigués et sans ressources, incapables de faire face. A 80%, ces jeunes souffrent de stress et problèmes psychologiques, qui sont pour quelque chose dans les 200000 disparitions enfants par an, en fugues ou kidnappings.
Un dernier problème, en ville comme au village, est celui de la violence parentale (physique ou verbale) dont se disent victimes nombre d’adolescents (sur internet), probablement reflet de l’incommunication entre générations. Du Plan décennal « Jeunesse », on croit déceler un outil de fond : un Ministère de l`Enfance annoncé par Wen Jiabao. Il permettra de regrouper les compétences et moyens aujourd’hui disséminés entre nombreux ministères et agences de l’État…
Sommaire N° 25