Temps fort : La sécurité nouvelle est arrivée

La Chine publie (31/03) son dernier livre blanc de défense, complétant ainsi celui de janvier dernier sur la diplomatie.

En matière de défense, ce dernier admettait l’émergence de défis sans précédent. Parmi ceux-ci figuraient la remontée en agressivité de la Corée du Nord contre le Sud (péripétie de la « guerre de succession » à Kim jong-il), le retour des Etats-Unis en mer de Chine (et le spectre d’une alliance régionale pour « contenir » le pays). Ce qui permet d’expliquer dans ce dernier livre blanc, le va-et-vient entre l’ambitieuse modernisation de l’armée, APL, et les efforts pour convaincre le monde de sa nature pacifiste.

Le livre rappelle le budget de l’APL, l’armée chinoise, pour 2011 : 92MM$, +12,7%. Il ne décrit pas ses prochains systèmes d’armes : missiles anti-porte-avions (moyenne portée Dongfeng21); porte-avions (l’ex-ukrainien Varyag, en mer d’ici décembre 2011, cf cliché p.1) ; et l’avion furtif J-20. Ces outils ont encore 10 ans de compte à rebours avant d’être opérationnels, mais ils changent toute la donne, en complétant l’arsenal de l’ APL pour lui permettre à terme de se mesurer à l’US Army.

Au chapitre « soft power », le livre détaille les dernières missions maritimes internationales, dont l’accompagnement vers l’Afrique d’un navire du World Food Programme en février. Il offre aussi un éventail de dialogues avec l’extérieur : la visite en mai 2011 du Général Chen Bingde au Pentagone, la main tendue à Taiwan pour négocier un «mécanisme de sécurité militaire». Pour l’instant, le Président insulaire Ma Ying-jeou reste froid, craignant l’impopularité électorale s’il allait encore plus loin dans le rapprochement.

On note aussi des sons discordants au sein de l’APL, entre ces partisans du dialogue et ceux de l’expansion en mer de Chine. En juin 2010, à Singapour, le Général Ma Xiaotian avait eu un éclat avec le Secrétaire d’État américain à la défense R. Gates. Lors de son passage à Pékin (janvier 2011) le 1er vol du J-20, ne pouvait avoir été programmé par hasard, quoiqu’en dise par la suite le Président Hu Jintao dont il s’était dit à l’époque qu’il avait été mis devant le fait accompli.

En fait de sécurité, la surprise de l’année est la relégation budgétaire en n°2 de l’armée, derrière les forces de police, telle la PAP, qui reçoivent 95,2MM$ cette année. Le régi-me réalise que pour mener à bien le mandat n°1, la sécurité intérieure, face à une recrudescence des manifestations violentes que les moyens classiques n’arrêtent plus (100.000 émeutes en 2010).Une refonte de l’appareil sécuritaire s’impose. Préparée de longue date, accélérée par les floraisons de jasmin du monde arabe, celle-ci apparaît au XII.ème Plan économique et social, sous la forme d’un système inédit à déployer d’ici 2105, en symbiose entre police et armée. Deux institutions devront coexister à la base, dans chaque quartier urbain et chacune des 40.000 communes rurales. L’une civile de «gestion sociale» devra régler toutes les doléances, des expropriations aux litiges et pétitions. L’autre dite «wei wen» ou «maintien de la stabilité», consistera en officiers de la police et de l’APL, experts et firmes (anti-terroristes, psychologues etc.) et volontaires. Il s’agit d’une structure de réponse rapide aux incidents sociaux, capable de couper à la racine toute tentative contre l’ordre social.

Encore flou, ce plan montre un système conscient des contradictions internes, avivées par la récession. Il révèle aussi le réveil d’un consensus vieux de plus de 20 ans, pour résister à la pression de la bourgeoisie montante réclamant plus de pouvoirs d’autogestion. Le tournant historique, ici, réside dans les moyens immenses, dont aucun régime n’a jamais disposé avant, pour tenter cette nouvelle phase de son développement.

 

 

 

 

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