L’avenir de Google en Chine apparaît sombre, estime Duncan Clark, chef du bureau BDA. Mais pourquoi cet échec ? Pour éviter toute lecture unilatérale de ce sujet sensible et trop connoté, il faut entendre les deux sons de cloche – celui de Google, et celui de l’État socialiste :
[1] Une série noire se poursuit en Chine pour le groupe de Mountain View (Ca, USA). Gmail la messagerie mondiale y fonctionne soudain mal depuis mars. Google parle de sabotage mais Pékin, de «fautes dans son réseau». Puis le fisc chinois accuse trois filiales de Google, de 6M$ de fraudes «en cours de redressement». Celui là se dit «certain d’avoir respecté les règles». Puis la Chine impose une licence sur la cartographie en ligne, dont Google est un acteur majeur. Or, à expiration du délai pour les demandes, Google, en défaut, risque l’interdiction au 01/07. Enfin le hackage massif de 2010 contre Google reste dans les mémoires.
De tous ces faits, on pourrait déduire une tentative de bannir Google de l’espace virtuel chinois (suite à son refus le 13/01/2010 de se plier à la censure), et de convertir l’internet chinois en un intranet géant expurgé de l’influence occidentale.
[2] Mais en fait, les choses ne sont pas si simples. Un livre spécialisé sur la «culture Google»* identifie une série de gaffes par S. Brin (né soviétique) et L. Page, fondateurs du groupe, qui l’ont implanté en Chine «en aveugles» de la culture chinoise, avec pour seul viatique l’anticommunisme. Ils ont congédié un cadre pour avoir offert des Ipod à des officiels chinois, et bloqué leur propre budget pub en Chine. Ils n’y firent jamais de voyage, une fois ouvert leur Bureau local.
Dans leur état-major, un lobby poussant à quitter la Chine demeure puissant : Google semble victime d’une vision typiquement US de la Chine, sorte d’«Empire du mal » et continent sur lequel il pourrait faire l’impasse. Sur ses choix en matière légale (taxation, cartographie), Google ne semble pas agir différemment en Chine et ailleurs: en tant que multinationale et qu’outil d’un genre de « subculture » soutenue par toutes les jeunesses du monde, il se voit au-dessus des lois, chinoises ou autres.
Le résultat est qu’aujourd’hui, Google n’aurait plus que 19% du marché contre 35% l’an dernier (75% à Baidu). Le portique Sina.com vient de mettre un terme à leur coopération pour implanter son propre moteur de recherche. Google n’obtient en Chine que 1,5% de ses 29MM$ de recettes mondiales : il est ainsi quasi-exclu du marché de la publicité en ligne qui croît en recettes de 40% par an. Pire, le produit phare de Google, Android, comporte un GPS et un accès à des cartes en ligne. Si Pékin décide de l’interdire, c’en est fini du produit, qui avait été adopté par China Mobile, pour un marché potentiel de 500M d’internautes par téléphones portable d’ici 2015.
Face à ces fortes ombres sur l’avenir, Google fait contre mauvaise fortune bon coeur, prétend que son marché chinois croît, et qu’il « communique » avec Pékin sur l’affaire des cartes en ligne. En tout cas Ed. Yu, Président de Analysis International, prononce son verdict : « les firmes chinoises y regarderont à deux fois, avant de s’engager avec Google » !
* « In the Plex » par Steven Levy (sortie 12/04)
Sommaire N° 13