Plus une journée ne se lève en Chine, sans éclatement d’affaires de corruption. Elles dégénèrent parfois en cri-mes de sang, comme celle de Hewan (Jiangsu) dont le chef du Parti Sun Xiaojun est interpellé le 19/01, suite à la rixe entre 200 hommes de main et les paysans qui défendaient 20ha de la spoliation. Sun leur avait déjà confisqué les 9/10ème du terroir communal. Un jeune (22 ans) était mort ce jour-là, un autre gravement blessé.
Le 20/01, la peine capitale imposée à Zhang Xuping cause presque l’émeute à Xiashuixi (Shanxi) : après avoir poignardé pour 1000¥ de prime Li Shiming, le chef du Parti détesté, ce jeune de 19 ans passait pour un héros, et les paysans reprochent au pouvoir d’avoir si longtemps couvert les exactions de leur tyran.
On voit aussi beaucoup de délits en col blanc. Le 19/01, Chen Shaoyong, 54 ans, chef du Parti du Fujian de 1992 à 2008 prend la perpétuité pour 0,8M² de bakchich amassés dans l’intervalle et un style de vie «violant sérieusement la discipline du Parti». Huang Songyou, 53 ans, ex-Vice Prsdt de la Cour Suprême, écope de la même peine, pour 0,4M².
Les milieux d’affaires ne sont pas épargnés. Parmi les cas sous les feux de la rampe : ‘ – Zhang Chunjiang (50 ans), ex-n°2 à China Mobile est sous enquête pour fraude comptable portant sur 2MM² chez China Netcom, du temps où il en était n°1. – Kang Rixin (56 ans), ex-CEO de la CNNC (China National Nuclear Corporation) est destitué pour «irrégularités» portant sur 180M². – Wang Yi (52 ans), ex-n°2 de la tutelle CSRC (China Securities Regulatory Commission), puis de la banque CDB (China development Bank), a avoué avoir empoché 1M²…
On ne peut qu’être frappé par la jeunesse relative de ces hommes, qui perdent tout : liberté, réputation et confort, carte du Parti, leur carrière d’étoile filante…
Hu Jintao a en personne a lancé une campagne nationale le 12/01, en promettant à tout cadre corrompu les rigueurs de la loi et de la 纪律稽查 jilüjiancha (police du Parti). Dans ce cadre, 17 ministères ouvrent un bureau de liaison pour traquer les coupables. La justice fait l’objet d’une attention spéciale : tout tribunal est désormais censé compter un «superviseur anti-corruption», et la juge Chen Yanping, du Jiangsu est citée comme exemple à « étudier » pour ses 14 ans de carrière intègre.
NB: la dérive hyperbolique de la corruption en Chine résulte de plusieurs facteurs :
[1] Toujours plus de lois entrent en vigueur, limitant l’arbitraire des cadres et permettant une hausse des arrestations.
[2] Conscients de la fin d’un âge d’or pour leur caste, toujours plus de cadres entament la course à la richesse, contre la montre.
[3] La promotion des cadres à l’ancienneté plutôt que sur concours est une faiblesse du système.
[4] Le Parti communiste chinois récuse le modèle de l’ICAC (Independent Commission against corruption) qui a vaincu la corruption à Hong Kong par l’association d’une presse et d’une justice indépendantes.
Enfin en 2010, le Parti croit toujours à la “moralité supérieure” de ses membres, et à sa capacité à contenir les dérapages à un taux acceptable. Son échec se lit dans l’exaspération de la population face à ce chancre, qu’elle place en n°1 parmi ses fléaux quotidiens.
Sommaire N° 3