Editorial : La Chine sous le vent, toutes voiles dehors

Avec 8,7% de croissance en 2009, la Chine se déclare le «1er pays sorti de la crise». Ce qui n’empêche en même temps ses leaders, de Wu Bangguo, Président du Parlement (ANP) à Wen Jiabao, 1er ministre, de s’interroger: comment passer à un modèle de croissance durable, et vite ?

Il faut dire, l’alerte est chaude. Tous les indicateurs virent au rouge clignotant. De 8,9% au 3ème trimestre 2009, la croissance s’emballe, 10,7% en décembre, 12% attendus en janvier. Dernière locomotive de la croissance, l’immobilier explose (en 2009, +16,1% d’investissements), mais trop cher, il laisse en plan jeunes et migrants.

En même temps s’accélère la course aux excédents (montagnes d’acier équivalant à 27% du produit mondial, de ciment à 40%). Spéculant sur un ¥ à la hausse, des monceaux d’argent chaud rentrent clandestinement: 48,7MM$ en décembre, 30MM$ par mois d’ici juin… Nourrie par la surproduction, l’inflation atteindrait 5% en juin, 8% fin 2010. Autant de symptômes de surchauffe à moyen terme.

Tout ceci force le Conseil d’Etat à resserrer le crédit—en souplesse. Repli déjà sensible dans l’action de la Banque centrale qui hausse (19/01) le taux du prêt d’1 an à 1,9264%, plus haut taux en 14 mois, et celui du prêt à 3 mois à 1,4088% (21/01). La poursuite de cette logique « anti-bulle », devrait être l’appréciation du yuan, dans l’année…

Le refroidissement de l’immobilier et la stabilisation des prix agricoles sont déjà engagés. Le tandem Hu-Wen veut retourner à sa priorité des années 2003-2008, la reconstruction des systèmes de santé et d’éducation et du logement social, afin de relancer le marché intérieur. A en croire un rapport du Fonds monétaire international (FMI), de tels investissements sociaux seraient le plus court chemin pour y parvenir: 1% du PIB investi dans la santé libère 2% de PIB bloqué en épargne, créant au total, 3% de points de croissance…

NB : Enfin, il ne faut pas nier qu’une telle rupture de principes économiques intangibles depuis 50 ans, implique la remise en cause partielle du monopole du Parti, espérée à la base mais refusée au sommet et dans les lobbies : les groupes d’ Etat étant pour l’appareil une source irremplaçable de profit: telle est la contradiction du projet, qui laisse peser des doutes non sur la volonté, mais sur la capacité du leadership à le mettre en branle avant le XVIII Congrès de 2012 .

Le 13/01, Google, lâchait une bombe, accusant la Chine d’avoir hacké son site en décembre, et menaçant de fermer si on ne l’autorisait pas à travailler hors censure. S’ensuivirent alors huit jours de silence malaisé, où les deux parties négociaient.

Pris de court, Pékin prétendit d’abord traiter l’affaire en«conflit commercial» et éviter tout dérapage politique avec les USA. Il tenta de vendre l’idée du hacking, «phénomène fatal, universel et inévitable, venu de nulle part et partout à la fois » dont lui-même serait aussi victime.

En même temps, il sondait discrètement des bloggeurs chinois, en quête de compromis permettant de concilier respect de sa censure, et maintien sur son sol de Google, alors plébiscité par sa jeune clientèle locale. Clairement, Pékin était prêt à des sacrifices pour éviter le pire.

Et puis vint l’inévitable. Le 21/01 Eric Schmidt, Président de Google rappelle le compte à rebours. Son groupe «ne veut pas partir», mais pas non plus revenir sur sa demande: il débranchera la censure de Google.cn «assez bientôt». Le même jour, Hillary Clinton, en un discours flamboyant, affirme que « des pays s’opposant à la liberté de l’information sont une menace au bien-être mondial ».

Dès le 23/01, dans sa presse officielle, la Chine riposte en légitimant sa censure, comme défense contre le flux «inégal» et «antidémocratique» des media de l’Ouest. Selon le sondage de Huanqiu.com, 81% des Chinois lui interdiraient de céder aux demandes de Google, et à «l’impérialisme de l’information» (sic). Dans ces conditions, une fin abrupte semble inévitable.

NB: On ne peut que noter à ce stade, une radicalisation des rapports sino-américains, et de la Chine elle-même, perceptible en fait depuis le sommet climatique de Copenhague, où elle s’est montrée sous une ligne dure. On doit aussi se surprendre de la différence d’ouverture suivant le dossier traité. En politique, aucun compromis n’est tenté : peut-être indice d’une secrète guerre de succession qui ferait rage derrière les murs de Zhong Nan Hai. Tandis qu’en économie, Wen Jiabao et le Président Hu Jintao, en pleins préparatifs du XII. Plan (2011-2015) invitent un panel d’économistes de calibre mondial, pour en écouter les conseils… Comme si, de cette assistance, la Chine avait toujours besoin—plus que jamais, en temps de crise !

 

 

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