Sur l’évolution du recrutement d’étudiants chinois en France en 2009, Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche reçut début 2010 des signaux mitigés. Car si, d’une part, avec 27000 étudiants dans l’Hexagone, les Chinois forment la 2de plus forte communauté après le Maroc, la ministre découvrait que pour les étudiants shanghaiens, la France n’arrivait qu’en 9ème choix à leur «hit parade» des plus grandes universités du monde. Ce qui signifiait que dans le choix d’études en France, le coût très bas de l’écolage (contrairement au monde anglo-saxon), pesait bien plus lourd que la qualité d’enseignement, et que la France ne parvenait plus à attirer les meilleurs. Constat inacceptable, surtout après l’incident de Toulon où des dizaines de Chinois avaient reçu un diplôme de complaisance, voire avaient été irrégulièrement inscrits (moyennant cachet).
Tel est le cadre de la visite de Mme Pécresse entre Pékin et Shanghai (6-7/07). D’ici septembre, en coopération avec le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner et le conseil des présidents d’université, elle prépare un recadrage :
– Les jeunes qui viennent à 80% en solitaires, seront demain sous «mobilité encadrée» dans des filières de partenariats sino-français, «suivis du début à la fin», pour garantir leur succès. Car un nombre certain d’échecs est enregistré en 1ère année, dus à l’étrangeté du pays d’accueil et à une connaissance insuffisante de la langue. Désormais, le test portera davantage sur la solidité du français oral.
– Ces jeunes verront mieux satisfaire leur attente d’un métier: sans perdre un an en cours de français, ils passeront directement à l’étude du sujet choisi (droit, économie, etc). Ces cursus pourront aussi comporter des mineures en anglais, langue plus demandée (de la part d’un ministre français, cette décision n’a pas dû être aisée).
– Enfin alors qu’aujourd’hui 65% des recrues sont bacheliers, la ministre veut une part plus forte de masters et doctorants (bac +5 et 8), au moyen d’une offre française de filières plus attractives, et mieux annoncées : d’où l’étape shanghaïenne de la visite (grand pôle de recherche universitaire) et la rencontre avec Wan Gang, ministre des sciences et technologies.
Son but : qu’à l’avenir, 10 pôles pluridisciplinaires décloisonnés, figurent dans la botte des 100 du palmarès de Shanghai. A Bordeaux, déjà, les quatre universités sont intégrées avec les écoles de commerce et d’ingénieurs, en PRES (pôle de recherche de l’enseignement supérieur). Des tendances similaires sont en cours d’intégration à Lyon et Marseille.
Voilà ce qu’espère « vendre » V. Pécresse à ses collègues chinois. Avec l’ambition curieusement discrète, de tirer de cette mission un accord présidentiel, à faire signer à Paris par les deux chefs d’Etat N. Sarkozy et Hu Jintao, lors de la visite de ce dernier en septembre.
Sommaire N° 25