Aux aciéries chinoises, la crise a apporté le plan de stimulus le plus généreux au monde (400 MM² tous secteurs), leur ayant permis de porter leur capacité à 700Mt en 2009, hausse de 75% en quatre ans. Sa coulée d’acier atteignait alors 568Mt, près de 50% de la production mondiale.
Le résultat a été le gonflement des stocks et l’érosion des cours mondiaux sous la pression à l’export. De janvier à mai, ces ventes faisaient 18Mt soit +133%. Mais depuis, deux décisions de l’Etat annoncent la fin de la fête : [1] la fin de la parité fixe au US$ (6,81/1) va pousser le yuan à la hausse, et donc les prix hors frontières. [2] La fin des primes à l’export (de 9% à 13% sur 406 produits au 15/06), privera 65% des aciers chinois de leurs seuls bénéfices. De ces mesures, Li Yizhong, ministre du MIIT, (Ministère des Industries et des technologies de l’Information) attend la disparition de 100Mt de capacités obsolètes.
En attendant, les prix intérieurs continuent à chuter, sous l’entrée en jeu des nouvelles unités et le tour de vis sur l’immobilier. L’Amérique vient d’imposer 62% de taxe anti-dumping sur des aciers chinois : la roue tourne!
Même Baosteel, qui prétendait couler 80Mt en 2012 a dû rabattre ses objectifs à 50Mt et 66Mt en 2015, au lieu des 100Mt assignés par le MIIT, lequel espérait avoir d’ici là, par restructurations, deux groupes de cette taille qui est celle d’Arcelor-Mittal, le n°1 mondial. Après 3 ans d’attente, ce dernier reçoit justement (5/07) l’agrément pour une JV locale avec Valin (Hunan) : il aura 33% de cet outil d’un coût d’1,5MM$, qui produira 1,2Mt de laminés à froid, 0,5Mt de profilés zingués pour l’automobile.
Dans le grand jeu de concentration de cette aciérie chinoise atomisée entre des centaines d’unités souvent minuscules, un autre enjeu est l’environnement. Fin juin, le Conseil d’Etat admettait que «la sidérurgie reste le secteur au plus fort potentiel d’économie d’énergie et de réduction de CO2». C’est une manière discrète d’avouer que pour cette année, les aciers (surtout) vont faire perdre à la Chine son pari de baisse de l’intensité énergétique de 20% en 5 ans (elle n’atteindra que 14,38%).
L’acier chinois est obstiné: même la croissance hyperbolique des cours du minerai et celle (dans l’autre sens) de ceux du produit fini, n’ont pas suffi à enrayer ses investissements aveugles. Forte, demeure la foi des vieux patrons provinciaux en l’industrie lourde. Au XII. Plan 2011-15, une attaque se prépare contre toute croissance ultérieure d’acier ou de ciment « politique », sans client…
Xu Li, analyste au Lange Steel Research Center, prédit une coupe de 300Mt de capacités, incluant la fermeture de tout projet post 2005, et le rejet de toute nouvelle licence jusqu’en 2011. Ce qui semble peu crédible, car ce sont les unités les plus vieilles que l’on fermera, et non les neuves, ce qui est admis implicitement en annonçant la fin de toute unité de moins de 400m3 d’ici 2011. Il n’empêche, la détermination aujourd’hui exprimée par Pékin, est sans précédent : celle de ramener son outil sidérurgique à la taille de ses besoins, tout en cessant sa pression sur les sources mondiales de minerai et sur sa pollution en grand de la planète bleue.
Sommaire N° 25