Au bénéfice de la presse accréditée, deux visites rares viennent d’être organisées (30/06), vers deux des institutions les plus obscures de l’appareil, le Comité Central et l’Ecole du Parti. Sans compter une troisième au Tibet, d’ordinaire fermé aux métiers de l’information : signes d’une volonté de transparence… Par ailleurs, en même temps, l’actualité fuse de mini réformes sans conséquences, mais qui frappent par leur nombre et leur esprit :
[1] le 23/06, le bureau de l’ANP, le Parlement, décrète que tout maire de village (à 95% élu au suffrage direct) doit obtenir sous deux ans confirmation de son élection par vote du conseil communal, à moins d’être automatiquement radié.
[2] le même bureau ordonne la protection des dénonciateurs de corrompus: des peines de prison à quiconque les dénonce auprès de leurs puissantes victimes. L’expérience prouvant que 70% de ces dénonciateurs sont victimes de rétorsion par la suite : agression, procès “bidon”, licenciement…
[3] La ville de Jiangmen (Canton) entame une curieuse expérience contre la corruption : compenser au fonctionnaire intègre le manque à gagner des bakchichs auxquels il a renoncé. Calqué sur la sécurité sociale chinoise, le système ouvre à 4500 cadres un compte alimenté par la mairie (20¥ sont alloués), et par prélèvement sur son salaire. Cinq ans après, le rond de cuir, si son dossier “corruption” est resté vierge, récupère 70% de sa cagnotte, et le ripoux rien. Le coût du système, pour la collectivité, sera lourd, mais moins élevé que celui des bakchichs qui grèvent le coût des services en aval (tampons, contrats, licences). Selon Le Zheng, Président de la CASS locale (Académie chinoise des Sciences Sociales), ce test en éprouvette n’est qu’un parmi d’autres, contre la corruption. Le point commun à tous, étant de respecter la règle d’or du régime actuel, à savoir la dépendance de la justice et de la presse envers les directives du Parti, précisément pour laisser les mains libres à ses hauts membres…
Pour être clair, aucune de ces réformettes ne peut passer pour une réforme politique sérieuse. Mais elles expriment l’attente des masses et des cadres en un changement—comme l’aube d’une ère de révision des pratiques publiques et des rapports entre Etat et citoyen.
Dans ce contexte, un signal apparaît très significatif: les félicitations de Wen Jiabao (16/06) aux ouvriers de Honda-Foshan, à l’issue de leur grève. Pour avoir fait appel au professeur Chang Kai (sommité nationale du droit ouvrier) comme leur conseiller, et pour s’être astreints à ne jamais agresser les “jaunes”, ni briser le matériel, le 1er ministre les a traités en “glorieux exemple pour la nation”. Quoiqu’ils viennent de se faire élire par leurs ateliers en Conseil ouvrier, en infraction à la loi, contre la branche locale de l’ACFTU, le syndicat officiel-potiche, qui se retrouve à présent désavoué par le n°2 de l’Etat. Décidément, l’avenir sera intéressant à suivre !
Sommaire N° 24