Editorial : Chronique d’une Chine à petits bouillons

Sous cet été de canicule météorologique et sociale, le régime se trouve soudain contraint de repenser ses priorités. Depuis des ans, par routine, il pouvait penser «protection de l’environnement», voire «guerre de succession». Mais bousculé par une cascade de crises, il doit réaffecter toute son attention aux oubliés de la croissance. Excédée par une distribution toujours moins équitable des richesses, la base sociale en ébullition sera la trame du XII. Plan (2011-2015) que s’apprêtent à boucler 200 apparatchiks au conclave balnéaire de Beidaihe (août), avant de le faire voter par le Comité Central d’octobre. En p.2, nous dégageons par anticipation une image de cet outil crucial, qui prétend opérer un tournant historique par rapport aux 20 dernières années. En p.3, nous vous offrons un regard sur plusieurs débats au sein de l’appareil : sur l’internet, sur l’immigration, sur les prémisses d’une réforme politique, sous la pression grandissante de la société.

[1] Les grèves s’étendent, visibles surtout dans les usines nippones, facilité par le climat historiquement ancré en la conscience chinoise, d’inimitié envers le Japon. De Canton, elles sautent à Tianjin, chez Mitsumi (3000 ouvriers, 29/06). A Shenzhen, Foxconn tire les leçons de 10 suicides survenus dans son usine de 400.000 âmes : il prépare le transfert de 300.000 jeunes vers Hebi (Henan), et va sous-traiter ses bases-vie afin de partager à l’avenir la responsabilité de tout nouvel acte de désespoir. Enfin, afin d’enrayer l’expansion de cette colère ouvrières, l’Etat fait augmenter (1/07) les salaires minima dans 9 provinces et villes (record à Shanghai, 1020¥): une stratégie aussi destinée à relancer le marché intérieur.

[2] Après le G20 de Toronto (27-28/06), Wen Jiabao le 1er ministre déclare que «l’économie chinoise va dans le bon sens, sous le macro contrôle du gouvernement». Ceci, pour remonter le moral face aux risques de baisse de la vapeur comme la chute de la bourse de 27% depuis janvier, dont 4,3% le 28/06 : record de baisse en 18 mois, et pire résultat d’Asie. Or, cette mauvaise tenue a affecté des milliers de petits commerçants ayant misé en bourse, spéculant sur une reprise qui ne vient pas. Selon Netease, 49% d’entre eux auraient perdu « plus de 30% »…

[3] A Rome Jeffrey Immelt, CEO de General Electric (13.000 emplois d’aéronautique, génération électrique et ferroviaire en Chine) critique publiquement (30/06) la stratégie chinoise visant à siphonner puis «rétro-ingéniérer» les technologies de l’étranger pour lui confisquer son marché chinois d’abord, mondiale ensuite. La Chambre de commerce européenne n’en pense pas moins, par la voix de son nouveau Président J. de Boisséson (aussi à la tête de Total-Chine) et dénonce les pratiques inéquitables chinoises, avertissant que le pays perd en attractivité pour le business européen. Ses principales flèches vont au principe juridique en cours d’introduction, dit de l’«innovation autochtone» lequel, craignent les étrangers, pourrait s’avérer discriminatoire. Dès avril, Wen conscient du risque, promettait à un groupe de patrons européens un correctif à son système—lequel correctif tarde à se matérialiser… Sur le long terme pourtant, 78% des 500 membres de la Chambre européenne gardent confiance en la croissance chinoise, et en leur capacité d’en tirer leur part.

Les firmes américaines se renforcent en Chine, comme IBM qui rachète pour 7M$ 50M de parts de Bright Oceans Intertelecom, groupe chinois d’électronique. De même CNBC, le leader mondial de la TV par câble et satellite ouvre (à prix tenu secret) un partenariat avec la CCTV : de ce lien, il escompte le doublement de son public mondial à 800M de téléspectateurs, qui suivront ses émissions financières en anglais, sous-titré en chinois !

 

 

 

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