De jour en jour, partout, c’est la course aux augmentations salariales, suite aux grèves dans les entreprises, et aux ordres de l’Etat dans les mairies, concernant les salaires minimum. +24 à 32% chez Honda, +10 à 20% dans 16 provinces (le plus haut: 1020 ¥ à Shanghai)…
C’est un tournant à 180°, après 20 ans passés (depuis Jiang Zemin) à favoriser le profit d’entreprise, au nom de la création d’emplois, de l’export et de la constitution de grandes fortunes, dont 98% issues du Parti.
Cette nouvelle donne était urgente : en 12 ans (1996-2007), la part salariale du PIB passait de 53% à 40% et celle des firmes, de 21 à 31%. L’Etat en attend la relance de la consommation et du marché intérieur, une incitation à escalader l’échelle de valeur, et à produire moins dangereux et moins gaspilleur.
Un risque est la délocalisation : Foxconn pourrait déménager au Vietnam ou tout autre pays sans salaire minimum, à moins de 100$/mois/salarié, contre 135 à Shanghai ou Tianjin. Mais le risque est faible : le surcoût reste compensé par l’efficacité des bases chinoises et leur tissu de services et de PME équipementières, la paix sociale—si la confiance patrons-employés est rétablie par ce New deal salarial. Et par le fait que le marché est ici.
Le fantôme qui traumatise le régime, est l’inflation. En 20 ans, Pékin s’est habitué à une économie déflationniste, où la production dépassait la consommation, forçant à exporter. Mais depuis trois ans suivant l’économiste A. Kroeber, la pompe s’est inversée. Crise mondiale ou pas, les Chinois consomment plus d’automobiles (10M cette année), d’acier (600Mt) qu’ils ne produisent. Une source d’inflation structurelle apparaît, faite pour rester.
Ce qui pose malgré tout un risque de taille. En 2010, les salaires montent de 10 à 20% en moyenne ; le foncier, de 60%; les légumes de 40%. Mais l’inflation n’atteint que « 3,1% » : le compte n’est pas bon. Plus que d’un maquillage administratif genre méthode Coué, les experts croient à une « inflation pas encore comptabilisée ». Ce qui pourrait amener l’explosion des prix durant l’été, pouvant d’ailleurs être couplée une explosion sociale de colère contre les riches, la corruption etc.
C’est compter sans les résultats conjoncturels encourageants de mai : les ventes immobilières (-25%), les fruits et légumes baissent, et export et import reprenant +48,5%. Tout ceci laisse entendre que le train chinois reste sur ses rails -et confirme que la potion salariale de l’Etat n’a pas d’alternative !
Sommaire N° 22