La santé chinoise offre une perspective trompeuse, aux scandales bien visibles (fruit de 20 ans de désengagement par l’Etat de ses hôpitaux), tandis que depuis 2003 se construit dans l’ombre (donc invisible du public), un avenir solide sous la volonté du tandem Hu Jintao-Wen Jiabao et du jeune ministre francophone Chen Zhu, armé de ses sept ans d’internat à Paris (Hôtel Dieu).
Cette contradiction apparaît le plus en matière de lutte anti–tabac. La Chine a adhéré à une convention l’enjoignant à bannir d’ici 2011 la fumerie en lieux publics. Mais aujourd’hui, ni la police spécifique, ni les campagnes de sensibilisation ne sont là pour matérialiser cet engagement. Et en guise de règlement à l’intérieur du pays, le ministère se borne pour l’instant à interdire le tabac d’ici fin mai 2010 … dans les 19 étages de sa propre tour…
Mais dans les gares, les restaurants, les autres ministères et même dans ses propres hôpitaux, il aura grand mal à se faire entendre, puisque 50% de ses médecins sont des fumeurs invétérés. Sans parler des malades, puisque 350M de Chinois (surtout hommes) fument : à 23% de la population mondiale, ils grillent 48% du marché planétaire de l’herbe de Nicot (source le journal South China Morning Post de Hong Kong), 1M décédant chaque année…
Dans sa croisade, le ministère vient d’être lâché par son meilleur allié : 1er moteur de recherche, jusqu’alors en pointe dans la campagne de conscientisation anti-tabagique, Baidu a laissé Li Xinzhe, sa directrice financière prendre un siège de directeur chez Ph. Morris, leader planétaire du tabac qui ne détient que 0,1% du marché chinois avec 3MM/an de Marlboro écoulées par la régie CNTC. Mais par ce coup médiatique, il compte faire mieux… Malgré tout, Chen Zhu réitère sa promesse d’appliquer son ban public dans les délais. Ce qui n’empêche l’American Heart Association (AHA) de prédire, au terme d’une étude sur la santé chinoise, l’aggravation de la mortalité cardio-vasculaire de 73% d’ici 2030, sous les coups de la tabagie et de l’obésité entre autres.
Une même ambigüité est perceptible dans la lutte contre le SIDA. Côté pile, un beau travail est fait pour déstigmatiser le fléau, et réunir médecins, policiers, partenaires sociaux et associations de malades pour convenir ensemble des normes de la politique de prévention, et prise en charge. De même, à la veille de son Expo de Shanghai, la Chine vient de lever le ban sur les visas aux séropositifs…
Mais côté face, Wan Yanhai, 1er activiste du Sida et des minorités sexuelles s’enfuit aux USA, alléguant des tracasseries. Gao Yaojie, la médecin de 87 ans précurseur en cette lutte, l’avait précédé dans cet exil l’an passé, au moment où Hu Jia, militant anti-SIDA entrait en prison pour trois ans et demi : les 3 plus actifs hérauts privés de l’action contre le HIV ont été rayés de la carte par une administration jalouse de ses prérogatives…
Parmi d’autres fléaux où la Chine peine, figure le retour foudroyant de la syphilis, bénigne si soignée, mais que les porteurs cachent par peur du stigmate. De fait, un enfant par heure naît atteint du mal (57/100.000 en 2008).
Mais comme on a dit, la bonne santé chinoise est en chemin : 900 hôpitaux et 2000 dispensaires sont en construction, des dizaines de psychiatres sont en formation. Un système de gestion des hôpitaux est testé dans 16 villes-pilotes, qui les financent, leur permettant de dispenser des médicaments génériques à prix conventionné. La couverture sociale est passée en cinq ans de 40% à 90% de la société : encore très faible, mais qui crée un socle de santé nouveau, pour presque toute la population, et promet de se renforcer d’ici les 20 prochaines années.
Sommaire N° 18