A Sharm-el-Sheikh (Egypte), les 8-10/11, des milliers d’hommes et femmes ont tenu un meeting haut en couleurs, entre délégués des 54 pays du 4.ème Sommet Chine-Afrique, 2.3 milliards d’êtres humains dont 1 milliard d’Africains.
Wen Jiabao le 1er ministre apporta -comme de coutume- un chèque, 10MM$ de prêts pour 3 ans. Il financera (entre autres) des routes, lignes ferroviaires et internet entre Dar Es Salaam, Rwanda Burundi et Congo (RDC), et une highway de 78km en Ethiopie (Addis-Abeba).
Wen offre aussi : [1] 1MM$ à prêter aux PME africaines, [2] l’éradication des taxes pour 95% des produits des pays les plus pauvres, [3] 100 mini-centrales propres (solaires, hydroélectriques ou à biogaz), [4] 30 centres anti-malaria (soignant à l’artémisine, meilleur remède du moment, issu de plantes chinoises), l’équipement de 30 hôpitaux, la formation de 3000 médecins/infirmières. [5] Contre la pénurie alimentaire qui guette, l’envoi en Afrique de 50 équipes d’agronomes chinois, et la formation de 2000 Africains.
Convaincante, l’aide chinoise fut acclamée à Sharm-el-Sheikh, et même, jusqu’à un certain point la pénétration commerciale qui l’accompagne: en 2008, les investissements chinois, à 7,91MM$, avaient octuplé depuis 2003 et les échanges atteignaient 107MM$, 45% de plus qu’en 2007.
Indiscutable au demeurant, cette popularité n’évite pas quelques ombres au tableau, tels les compliments d’alliés embarrassants, tels le soudanais Omar El Bashir, ou le Zimbabwéen R. Mugabe, dictateurs protégés par Pékin des sanctions onusiennes, en échange d’un quasi-monopole des ressources naturelles de leurs pays.
Au sein même de ces nations d’ailleurs, cette politique fait discorde: A. Mutambara, vice-1er ministre zimbabwéen du cabinet Tsvangirai s’exprima contre le «vieux modèle» où la Chine puise les ressources africaines et y exporte les produits finis. «Nous ne voulons plus de cela », protesta-t-il, contredisant ainsi son Président. D’autres délégués abondèrent en son sens : dans ces échanges, seuls 13 sur 53 pays gagnent, tous les autres s’endettant envers la Chine, telle l’Egypte, dont le ministre Mahmoud Mohieldin se plaignait d’importer 11 fois plus qu’il ne livrait à la Chine.
Autre argument douteux: l’insistance de Pékin à vanter l’«inconditionnalité» de son aide contrairement à l’Ouest qui exige la démocratie en retour. Mais les projets chinois comportent aussi des conditions: l’usage sur tout chantier de milliers de bras chinois, laissant aux locaux la part du pauvre en fait d’emplois, ce qui provoque çà et là (entre Algérie et Zambie) des émeutes. Ces contrats sont aussi tout sauf transparents, faisant risquer la corruption (scandale de l’autoroute transalgérienne de CITIC)…
« En fin de compte », conclut le sud-africain Martyn Davies, « ce que la Chine vient faire en Afrique, c’est du business, et il prime sur la politique. L’Afrique est un marché émergeant. La Chine y a un atout : sa flexibilité, et sa capacité de faire plus vite et moins cher ».
Wen Jiabao enfin, souleva un autre argument «massue» et «décolonisateur» en faveur du modèle de coopération chinois : le refus net de tenter d’inspirer à l’Afrique une « voie chinoise ». C’est à l’Afrique, fit-il, de trouver sa propre voie—nul ne peut le faire à sa place !
Sommaire N° 37