A la loupe : Trop d’acier cuit

La bizarrerie du pronostic de l’Association des aciéries chinoises, sur leur production en 2010, n’a pas échappé à Lakshmi Mittal, magnat du secteur. Comment réconcilier l’an prochain un PIB en hausse de 9%, avec une coulée d’acier en baisse de 5%? Baisse qui semble d’autre part peu en ligne avec la tendance présente, à la reprise. Pour 2009, la demande aura monté de 19%, et celle du monde chuté de 8,6%, au lieu des 24,4% qu’il aurait souffert sans la Chine. Celle-ci absorbe 47,7% de la production mondiale, poussée par la demande effrénée des provinces et des 400MM² du stimulus public.

Ce que L. Mittal ignorait (ou feignait d’ignorer) était le plan du Conseil d’Etat, juste publié, pour maîtriser enfin l’hydre de la surcapacité. En septembre, les imports de minerai ont monté de 30%, frisant 50Mt. Depuis janvier, elles ont haussé de 36% à 469Mt. La hausse des prix mondiaux imposée en juin par les mineurs (l’échec de la Chine à imposer un prix spécial) n’a pas découragé les importations, ni même la baisse du minerai local.

L’activité des aciéries chinoises s’emballe de même : alors que le marché local réel sera de 536Mt cette année, la capacité actuelle atteint 700Mt, et depuis août, les prix intérieurs ont baissé de 23%, sans chance de remonter dans l’année, craint Deng Qilin, PDG de Wuhan Steel.

Après avoir dénoncé depuis des mois la course aveugle au gonflement du chiffre voire aux triches d’aciéries nouvelles sans feu vert national, Pékin édicte le gel de toute capacité nouvelle dans sept secteurs: outre l’acier, comptent le ciment, l’aluminium (pour 3 ans) et les équipements pour centrales solaires et éoliennes. Le nombre des importateurs de minerai sera aussi coupé, tout comme celui des aciéries petites et à bout de souffle.

Pékin commence à prendre au sérieux le risque de mauvaises dettes pyramidales (l’incapacité des firmes d’Etat à rembourser ces crédits), ainsi que le danger de présenter au sommet du COP 15 à Copenhague en décembre, des résultats décevants dans ses objectifs de réduction de pollution. Aussi, ces stocks risquent de quitter les entrepôts pour l’Europe ou les USA, à prix imbattable, renforçant alors les tensions commerciales. L’Etat espère prévenir cette crise en déstockant en 2010, tout en accélérant la fusion (sans jeu de mot) du secteur.

Cette poigne tardive du régulateur explique, au passage, la frénésie des marchands de minerais et des aciéries : tous ont anticipé sur l’action publique, afin d’avoir du stock, le jour de la reprise des cours – l’Etat et le marché ayant ainsi joué au serpent qui se mord la queue.

Autre aspect du plan auquel l’Etat et le secteur se préparent avec ardeur : limiter l’import, leur donner la chance de briser le cartel des mineurs et d’obtenir une ristourne « du plus gros client». Pour ce faire, il a aussi racheté pour 56MM$ de mines dans le monde, y compris 17% (1,2MM$) de l’Australien Fortescue, qu’il espère voir jouer le rôle de son « cheval de Troie », lui fournissant à 3% moins cher que le cours mondial. Reste à savoir si son échec, cette semaine, à fournir à Fortescue 6MM$ pour tripler sa production à 95Mt/an d’ici 2012, ne remettra pas tout le deal en cause…

 

 

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