A la loupe : A la Buchmesse de Francfort—le débat chinois

Xi Jinping le Vice-Président chinois, Angela Merkel la Chancelière allemande, ouvrirent le 13/10, le 61. Salon du livre de Francfort—7000 éditeurs de 100 pays. Hôte d’honneur, la Chine emmenait 1000 éditeurs et cadres, en plus d’une cinquantaine d’auteurs, officiels ou non.

En septembre s’était produit un incident (VdlC n°29). Pékin avait voulu désinviter Dai Qing et Xu Youyu, dissidents. Voulant fermer les yeux, le Salon s’était heurté à Berlin et à la presse d’Outre-Rhin, à cheval sur les libertés. La péripétie permit à beaucoup plus d’auteurs de se rendre à Francfort et une fois sur place, de dresser avec leurs hôtes un bilan de leurs libertés. Ils ont évoqué les 600 titres censurés par an, les 40 journalistes ou écrivains en prison, et le 167ème rang sur 173 au palmarès de la liberté d’expression par Reporters sans frontières.

Par contre, ces mêmes chiffres apparaissent plus relatifs, quand on connaît le nombre de titres publiés par an (150.000) et le nombre des écrivains chinois 47M, si l’on se réfère au nombre des blogs. En traductions en particulier, la liberté des éditeurs est bien plus large.

Entre générations, on constate une rupture de valeurs —produit du tournant conservateur dans l’éducation après’89. Les jeunes avouent «se moquer de la politique» et concevoir la vie comme une course à l’argent, moyen des plaisirs. Leur archétype est Guo Jingming, 26 ans, écrivain depuis l’âge de 18 ans, spécialiste de romans « Harlequin ». Coqueluche de la TV, Guo roule en Mercedes et Cadillac (avec chauffeur), a ses appartements à Shanghai et Pékin, et s’il l’avait lu, aurait bien adhéré à la formule de Voltaire– « le paradis terrestre est où je suis ».

En face, des écrivains tels Yu Hua et Mo Yan, sur la cinquantaine et soixantaine, ont des audaces littéraires extrêmes, que la censure pardonne en partie en raison de leur talent, en partie par respect pour leurs ventes en millions d’exemplaires. L’un et l’autre font dans les fresques sociales aux dizaines de personnages, avec souffle épique et évocations complaisantes d’un univers des sens, redécouvert depuis peu par une Chine encore fort prude.

L’un et l’autre cultivent enfin le réalisme grotesque, marque de fabrique d’un système de censure, que le grotesque permet de démasquer, tout en se mettant à l’abri des retombées grâce au rire, «le propre de l’homme».

Moyen de faire reprendre conscience aux Chinois de ce qu’ils sont.

 

 

 

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