Adoptée le 27/08 par l’Assemblée nationale populaire, la résolution sur le réchauffement climatique est un coup diplomatique. A 100 jours des grandes palabres du COP15 à Copenhague afin de convenir entre 192 pays un plan de réduction des émissions de gaz à effets de serre à travers les cinq continents, la Chine (comme l’Inde) continue à rejeter tout engagement contraignant de baisse de ses émissions de CO2 (quoiqu’elle en soit le 1er émetteur mondial). Une telle attitude, à Copenhague, passerait mal, à moins de l’agrémenter de ce texte par lequel l’Etat promet au monde d’accélérer sa mutation vers une société à bas carbone. Il affirme que le COP15 aboutira à un accord en décembre et qu’il l’appliquera sans retard. La résolution annonce un éventail de lois à créer ou réviser, telle celle des énergies nouvelles qui imposera aux distributeurs l’achat de volumes à prix garanti, afin d’encourager des industriels tel Suntech ou Renesola à implanter dans le pays des fermes solaires de dimensions mondiales. Telles lois aideront aussi à prévenir le sabotage de l’action centrale environnementale par les caciques locaux, et accélérera l’imposition d’efforts impopulaires.
De même, cette résolution remet en vogue des concepts malmenés en Chine depuis 18 mois tels « économie verte », « invest vert » et « croissance verte ». Introduit durant un an, le plan de PIB vert avait été étouffé par les provinces, fragilisant Pan Yue, vice ministre de la SEPA.
On lit aussi dans ce texte l’inquiétude du régime de voir USA ou Europe lui imposer des rétorsions commerciales, s’il s’enferrait dans cette ligne de refus de tout objectif contraignant: toute sanction économique, avertit Pékin, sera considérée un acte protectionniste déguisé.
Sur le fond, à 100 jours du COP15, le mandat de négociation chinois reste un secret. L’équipe du Vent de la Chine a rédigé une étude détaillée sur le sujet, « China on the way to the COP15 », qu’elle tient à votre disposition, cf notre site internet www.leventdelachine.com.
Autre initiative : le pouvoir vient d’imposer dès octobre à tout projet ou chantier une évaluation environnementale. Là encore, c’est une remise à l’honneur d’une disposition déjà adoptée des années en arrière, mais restée lettre morte sous les attaques des lobbies et provinces.
Par ailleurs, Xie Zhenhua, ministre de l’environnement recevait la semaine passée son homologue indien Jairam Ramesh, pour tenter de dégager des points de convergence et faire bloc à Copenhague. La Chine recherche aussi une plate-forme commune avec les Etats-Unis de B. Obama, d’ici sa visite de novembre (cf p2).
Enfin, apparaît mi-août cet intrigant rapport conjoint du Conseil d’Etat et de la NDRC (National Development and Reform Commission) –ses deux plus puissants organismes: estimant que la croissance des émissions chinoises de CO² culminerait en 2030 pour redescendre 20 ans plus tard au niveau de l’an 2005, cette lourde étude (900 pages) adjure l’Etat de se doter d’ «objectifs quantifiés» : c’était la première fois que ce mot tabou était proféré par une instance publique. Indice à tout le moins, que le glacis de l’union pour l’égoïsme national commence à s’effriter, face aux coups de boutoir de l’étranger et du coût social qu’impose déjà le réchauffement global à la société chinoise. A dix semaines du COP 15 de Copenhague, la nouvelle ne pouvait tomber mieux.
Sommaire N° 27