A la loupe : ‘Guo jin min tui’: l’Etat avance, le privé recule

Avec une croissance de 7,9% atteinte au second trimestre, l’économie chinoise semble en train de sortir de la crise -même si des incertitudes demeurent: dans les surcapacités générées par ces investissements trop rapides, et l’absence de profit (baisse de profit des grandes entreprises d’Etat de 22,8% de janvier à juillet). Le 1er ministre Wen Jiabao lance une nouvelle action nationale de frein à la production d’acier et ciment, voire de charbon, verre et électricité.

Un phénomène anachronique, qu’on aurait juré impossible il y a un an, a eu lieu : un mouvement vif de reprise en main de l’économie par l’Etat. Il est improbable que cette inversion de 25 ans de croissance, ait été planifiée sur des considérations idéologiques de « recollectivisation opportuniste ». Plus sûrement, les 400MM² déversés sur la Chine en très peu de temps, ont été distribués par les villes et les provinces à leurs ouailles publiques, ignorant au passage le secteur privé. Même si, comme on a vu, cette croissance artificielle ne génère ni profits, ni même le nombre planifié d’emplois, l’Etat annonce qu’il n’atteindra que la moitié de son plan cette année et 12 millions de jobs.

En tout cas, les promesses multipliées depuis janvier, de plus de crédits aux PME et au privé, tardent à se réaliser, mettant ce secteur, seule vraie pompe à emplois du pays, face à une concurrence insupportable du secteur public—inefficace, mais financé.

Il se passe bien des choses dans le secteur de l’acier, en forte instabilité suite à l’échec du plan de l’Etat pour le restructurer, avec pour résultat, une production anarchique, 600Mt attendues cette année (45% du monde), dont au moins 150Mt d’excédent, provoquant fin août une chute du prix courant de 12%.

Endettées et mal équipées, les mauvaises aciéries d’Etat, sont cédées au privé, pas toujours avec succès. Fin juillet, les 30.000 métallos de Tonghua (Jilin) ont lynché le manager envoyé par Jianlong, son repreneur pékinois. Puis le 18 août, les 3000 fondeurs de Linzhou (Henan) séquestrent quatre jours le négociateur public, refusant leur cession à la sidérurgie privée Fengbao. Dans les deux cas, l’Etat a vite cassé la vente.

La pression de l’Etat sur le privé est la plus évidente, dans la reprise de l’aciérie privée Rizhao, bénéficiaire, par la publique Shandong Steel, déficitaire. La province semble avoir forcé Rizhao à la vente, peut-être alléguant d’une licence pas en ordre, depuis sa fondation en 2005. Evaluée à 3MM², Rizhao est empoché à 0,8MM². En désespoir de cause, son fondateur Du Shuanghua a cédé à bas prix 30% des par sets à Kai Yuan, groupe Hongkongais proche de Hu Jintao. Mais en dépit de cette manoeuvre dilatoire, la vente à Shandong devrait être effective dès cette semaine. NB : Rizhao était pourtant une des firmes privées les plus à même de résister à cette OPA hostile, car Du Shuanghua, son PDG, était la seconde fortune du pays. Mais en de telles affaires, ne joue pas que l’argent…

 

 

 

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