Le test nucléaire nord coréen du 25/05, suivi de trois tirs de missiles de courte portée, a « choqué » Pékin, qui a «résolument condamné». Dès le 27, Pyongyang alourdissait encore la tension en dénonçant le cessez-le-feu de 1953, menaçant d’attaquer les navires américains et sud-coréens, dans l’espoir de décourager un projet de blocus maritime.
La Chine négocie donc avec le Conseil de Sécurité des sanctions «mesurées», selon le sénateur américain J. Kerry. L’appui chinois aux rétorsions est une condition sine qua non à leur efficacité, car c’est elle qui maintient en vie son turbulent voisin en lui fournissant (en 2008) 73% de ses échanges, 90% de son pétrole, 45% de ses vivres.
Mais quelles sont les chances réelles de voir se concrétiser les vieux espoirs de l’Ouest de voir la Chine lâcher Pyongyang? Pour Pékin, la priorité se trouve moins dans la dénucléarisation de la péninsule que dans la survie du «pays du matin calme». En cas d’effondrement, elle aurait beaucoup à perdre : jusqu’à 2M de réfugiés dans le Dongbei, au prix d’une déstabilisation considérable, d’un risque de conflit militaire pour le contrôle du territoire, et de l’émergence d’une grande Corée vers où se reporterait le meilleur des investissements sud-coréens aujourd’hui déversés sur la Chine.
A l’inverse, Pékin s’inquiète aussi de voir le Japon et la Corée du Sud se doter à leur tour d’ogives nucléaires, alléguant du droit à se défendre-le Japon est potentiellement la 3ème puissance militaire du globe. Pékin s’inquiète déjà d’un rapprochement perceptible entre Tokyo et Moscou, réveillant son vieux fantasme d’un «encerclement» par les puissances voisines. Elle surveille aussi de près son allié russe, dont l’attitude face à la Corée du Nord reste ambiguë, toujours prêt à remplacer la Chine comme allié n°1 de Kim Jong-il, si d’aventure elle se rangeait dans le camp allié. Tout cela permettant de percevoir l’extrême étroitesse de la marge de manoeuvre chinoise.
Dernière raison à l’inaction: selon la presse sud-coréenne, le test nucléaire aurait été décidé dans une optique de politique intérieure, sciemment déclenchée par Kim pour satisfaire son armée et obtenir son soutien dans la guerre de succession, un allié essentiel afin d’imposer son 3ème fils comme futur «cher leader»…
Face à ce dilemme insoluble, la Chine, jusqu’à présent se retranche derrière son commode principe de non ingérence. Comme le dit son porte-parole Ma Zhaoxu le 26/05: «influencer (faire pression sur) un autre pays … est inapproprié» !
Sommaire N° 19