Petit Peuple : Tianxi : la vielle huitre accouche d’une perle

Ce serait banal en Europe, cela fait des vagues au Céleste empire : à 72 ans Yu Benxian, de Tianxi (Hunan) est père, pour la 3ème fois. Sous l’ordre biologique, rien d’anormal: il s’est marié à 46 ans en 1983, alors que sa Li Xianlan n’en comptait que 22: redevenant  mère 26 ans plus tard, elle n’a que 48 ans. Mais l’affaire fait grand bruit au village, dame: un père qui aura 92 automnes quand le fils attendra ses 20 printemps, une mère qui allaite avant sa fille aînée…Tout cela, après avoir eu deux héritiers, dans un pays où supposément, le planning familial vous stérilise après le second… Décidément, la maison Yu faisait désordre ! 

    Si Yu Benxian s’est marié si tard, c’est indirectement la faute à la guerre anti-japonaise de 1937, qui détruisit les fondements de l’ordre social, surtout de la classe possédante- la sienne. Yu ne dut sa survie qu’au fait de vivre en marge, se faire discret, cultiver (en sus des 2 lopins qu’on lui avait laissés) un mutisme total: moins on en saurait sur lui, mieux cela vaudrait.     Dans sa maisonnette au pied de sa colline, il vivait de t ses piments, choux et tomates, et de son riz. Sa vie était des plus réglées: aux champs de 7 heures à 20h, trois repas par jour, toujours les mêmes – 250gr. de riz blanc, quelques légumes bouillis. A ce régime, ni arthrite, ni cholestérol : Yu avait une santé de fer, et put ainsi traverser sans dommages 40 ans de désordres et d’incertitudes révolutionnaires.

Au village, il avait bonne réputation : il n’était jamais avare d’un sac de fèves ou d’un coup de main. On le disait même plutôt à l’aise. Aussi, lorsqu’il osa en 1983  demander une fille en mariage, et qu’il se déclara « 28 ans », elle accepta sans se faire prier, sur sa bonne mine, ou plutôt sans vouloir s’arrêter à de tels détails.     Les débuts du couple furent sans histoire jusqu’en 1989, à la naissance du second enfant (leur cadet), qui faillit tourner mal. Car le planning familial, alors,  imposa alors une stérilisation où Li faillit mourir.

Opération ratée, puisque 20 ans plus tard, elle concevait Tianci, le petit «Tombé du ciel», faisant jaser. C’était évidemment de bon auspice, cette «vieille huître qui accouche d’une perle», comme une bénédiction des Dieux sur tout le canton.

Bientôt tout le village vint se presser aux portes de leur maison, et vint notamment s’offrir à aider pour préparer l’indispensable fête traditionnelle des 30 jours, normalement prétexte à un banquet clanique. Mais Yu ravi et angoissé à la fois par sa paternité nouvelle, était comme le rat tombé dans le pot de riz (半喜半优, ban xi, ban you), « à moitié fou de joie, à moitié fou d’angoisse » : pas question d’une fête, avec lui et son foyer en son centre !  Quand sonnaient à sa porte les voisins, les gens de la ville, journalistes ou autres, il s’enfuyait au champ: « les choux  n’attendent pas», prétextait-il.

 Les plus embarrassés, dans cette histoire, furent les agents du planning. La naissance était illégale, circonstance aggravée par la dissimilation de grossesse -encore une cachotterie de ce couple vivant hors de la communauté et traitant les lois avec désinvolture. Mais le  planning lui-même n’était pas sans blâme, ayant failli à surveiller ses brebis. Et sur le fond, c’était le ratage de son intervention obstétrique de 20 ans plus tôt, qui avait mis « le feu aux poudres », si l’on peut dire…

Confronté à ce brûlot, le planning s’en est tiré en infligeant à Yu la taxe de grossesse hors quota. Puis, pour prévenir tout blâme qui mettrait à risque l’avenir de sa carrière, son chef a ordonné à ses limiers de passer de porte en porte inspecter toutes les néo-parturientes et de ne laisser poursuivre la grossesse, qu’à celles en droit de le faire. Histoire de couper court à tout autre scandale – pour quelques années au moins !

 

 

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