Editorial : Réchauffement global—la Chine saute le pas

Quoique pas encore officielle, cette nouvelle sera bonne pour la Chine, et toute la Terre : à 7 mois du sommet COP15 de Copenhague, Pékin accepte de négocier la réduction de ses gaz à effet de serre (GES), dont elle est 1er émetteur mondial. Ed Milliband, secrétaire d’Etat britannique le dit à Pékin, après avoir rencontré ses homologues chinois : « je les vois désormais prêts à un deal ».

Par rapport à décembre 2008, le tournant est brutal. Jusqu’alors, la Chine faisait porter aux seuls occidentaux la responsabilité du réchauffement global -la charge de « réparer ». Le Sud se mettrait à l’ouvrage, une fois que le Nord aurait réduit sa propre pollution, passant à une nouvelle économie à bas taux de carbone. De plus, le Nord devrait céder au Sud jusqu’à 1% de leur PIB en infrastructures et technologies «vertes». A présent, si sa position de négociation reste inchangée, Pékin semble bien préparer une offre. Logistiquement, il n’est pas encore prêt (et de loin), à imposer à ses firmes un quota d’émission carbone, et en cas de dépassement, à les contraindre d’acheter en bourse les excédents de firmes n’ayant pas atteint leur quota (système « cap & trade » de la convention de Kyoto). Aussi Pékin serait sur le point de proposer un objectif national contraignant d’intensité énergétique.

Cette offre sera la clé de voûte d’une foule de projets d’énergies renouvelables aujourd’hui éparpillés, alimentés d’un très riche fonds de «stimulus vert» : 220MM$ sur 2 ans, soit un triplement des objectifs de 2007, pour un effort 2 fois supérieur à celui des USA. D’ici 2020 :

– 20 barrages apparaîtront sur le Yangtze, portant en 2030  l’exploitation des 36% actuels à 60% ;

– le parc photovoltaïque, initialement prévu à 1,8Gw pour 2020, devrait décupler son effort, pour atteindre 20Gw ;

– les programmes de parcs d’éoliennes et de centrales nucléaires seront triplés, chacun à 100Gw de capacité ;

DQY, producteur pékinois d’oeufs organiques, convertit 80.000t de fiente/an en méthane et électricité, éliminant ainsi pour 95.000t de CO² ;

– devant assurer encore 67% de l’énergie en 2030, le charbon deviendra moins sale, en investissant dans la technologie et les mines à haute productivité, permettant de fermer des milliers de mines dangereuses et centrales polluantes . CNOOC investit 3,3MM² à Datong (Shanxi), pour convertir 20Mt/an de houille désulfurisée en 4MMm3 de gaz. Shenhua, le n°1 met 11MM² dans deux mines géantes (Shaanxi, Mongolie Intérieure) qui extrairont 200Mt/an.

 NB: Dans ce virage vers un monde à basse émission de carbone, la Chine a tout à gagner : [1] l’Ouest lui reconnaît déjà le droit de garder un fort taux de croissance. [2]Après 10 ans de sommeil sous G.W. Bush, l’Amérique d’Obama prétend à la fois adhérer à la convention du COP15 et offrir à la Chine la réalisation d’un vieux rêve commun : une coopération exclusive dans la technologie  en bas carbone : un partage du monde à venir.                [3] La Chine maîtrise en partie ces technologies vertes de l’Ouest. En les déployant à étapes forcées, elle espère le battre de vitesse et occuper ce marché naissant. Exemple : au salon de Shanghai, en avril, elle présentait 20 modèles hybrides/électriques, segment qui pourrait dominer son propre marché en 2020 et y valoir 220MM$ en 2030 (McKinsey). D’ici là, elle ambitionne aussi des parts majeures sur les marchés étrangers, ce qu’elle ne peut espérer sur ceux, matures, de la voiture à essence…

 

 

 

 

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