A la loupe : La convalescence de l’aviation chinoise

A l’automne 2008, pariant sur un pétrole toujours plus cher, quatre transporteurs publics (Air China, China Eastern, China Southern et Shanghai Airlines) avaient signé des contrats de livraison de kérosène à tarif élevé, pour se retrouver en pleine chute des cours, avec des traites ruineuses, alors même que la récession mondiale détournait les voyageurs. Résultat : la « bande des quatre » perdait 4,4MM$ dans l’année, dont la moitié au seul China Eastern : sans repêchage par l’Etat, c’était la ruine !

Pour les protéger, la tutelle CAAC (Chinese Aviation Admin. Corp) lança une kyrielle d’actions discrètes mais efficaces. Elle fit une injection massive de cash, comme ces 7MM¥ de subventions et 76MM¥ de prêts bancaires à China Eastern. Puis elle pratiqua les grâces d’impôt, une baisse du tarif public du kérosène (-460¥/t, dès mars), une hausse des billets de 20% au 20/05, une limitation des discounts. Tandis que le stimulus fouettait la consommation.

Dans un tel contexte, même les « ailes cassées » ont gagné de l’argent au 1er trimestre. Les ventes de billets ont monté de 14,6% et le taux de remplissage de 0,5% par rapport au 1er trimestre 2008 (soit 75,9%). Les quatre firmes ont refait 1,3MM¥ de profits, même China Eastern (40M¥), que les experts disaient à l’agonie. China Eastern prévoit 43M passagers dans l’année, contre 37M en 2008, anticipant sur l’effet de mode de l’Exposition universelle de Shanghai, son port d’attache.

Cependant, tout ce bon vent, est soufflé par l’Etat, en faveur de ses seules filiales. Hainan Airlines, semi privé (à 20% groupe Soros), n°4 national perd 89% de ses profits dans le même temps. Aussi cette crise impose à tous une sévère diète : China Southern retarde à 2011 l’arrivée de cinq Airbus A-380, 13 Boeing 787 et quatre B-777. China Eastern revend deux A340 neufs (86M$) à sa banque de la communication, la BoComm, pour les lui reprendre en leasing (2,5M$/ trimestre la paire : tour de passe-passe entre agences publiques, pour la recapitaliser). China Eastern négocie aussi l’abandon d’une commande de neuf B-787. Hainan Airlines renonce à 25 des 50 jets ERJ-145 commandés à Embraer, groupe brésilien produisant en JV à Harbin : c’est pour profiter à bon compte des faillites qui se multiplient mondialement En tandem avec la compagnie financière New yorkaise Bravia, Hainan Airlines reprend à très bon compte (secret) le leaseur australien Allco en faillite—60 à 80 appareils.

Et les low costs ? Derniers arrivés, les plus fragiles, ils succombent l’un après l’autre, tel OK (Tianjin, deux B-737), East Star (Wuhan, 10 Airbus A-320), ou United Eagle (Chengdu) : en cours de rachat par de gros carriers publics. Pour expliquer l’échec, la presse invoque l’inexpérience d’investisseurs opportunistes ou les 80% de taxes diverses imposées en Chine. Peut-être faut-il aussi évoquer l’inégalité de conditions entre firmes privées et publiques. En tout cas, cette formule rate son entrée en Chine, quoiqu’elle se développe avec succès partout ailleurs.

 

 

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