Quel rapport y a-t-il entre des firmes telles Danone, Google, et des organismes comme le ministère chinois de la santé ? Le voici : sous l’effet de la récession, tous remettent en cause leurs stratégies, se jettent dans l’inconnu. Un peu partout en Chine, on voit se multiplier des actions innovantes pour résister à la crise ou en tirer parti. Pour les étrangers, la solution générale consiste à renforcer la coopération avec ce pays. C’est ce que suggérait (6-9/04) le Comité France-Chine, en coopération avec la CCIFC, la Chambre de commerce et d’industrie française en Chine : face à quelques dizaines de personnalités d’affaires françaises et chinoises, Jean-Pierre Raffarin, l’ancien 1er ministre, estimait (8/04) que «la clé de cette crise, est l’intégration du consommateur chinois au marché mondial ».
Réforme fondamentale : Chen Zhu, ministre de la santé, s’apprête à refondre son secteur. Il est grand temps, après 30 ans de négligence, comme en témoigne cette nouvelle qui fait grand bruit : près de Pékin, on vient de fermer un centre clandestin de dialyse, qui était géré par des malades rénaux laissés sans soins. Ces derniers avaient acheté d’occasion la machine, et la faisaient tourner «au noir». D’autres signes sont ces poches endémiques de maladies déjà éradiquées ou sous contrôle ailleurs : grippe aviaire, épizootie aphteuse (41.846 cas depuis janvier), tuberculose (30.000 cas identifiés depuis 2007, dont 200 «hyper résistants»). Entre les Chinois et leur système de santé, le divorce est net : un malade sur deux ne tente même pas de se présenter à l’hôpital. Or, la réforme visée est une stratégie nationale, vu l’enjeu économique majeur : pour relancer sa croissance, via son marché intérieur (la consommation), le pays n’a pas d’alternative.
Selon ce plan, en trois ans, 93,4MM² (dont 60% à charge des provinces) iront dans 2000 hôpitaux de campagne neufs, 5000 cliniques de banlieue, 29000 dispensaires de village. D’ici 2011, 90% des Chinois devraient avoir une assurance médicale. 300 à 400 médicaments de base verront leurs prix imposés, afin d’enrayer la pratique du profit sur prescription. Les hôpitaux seront sous surveillance, pour éradiquer les bakchich (des groupes pharmaceutiques et des patients), et le refus de soigner ces 30% des malades qui se présentent les poches vides.
La priorité passera du «soin» à la «prévention» : aux scanners, IRM, aux vaccins, à la médecine périnatale. D’énormes commandes de médicaments et matériels vont s’ensuivre, qui profiteront d’abord aux producteurs locaux, mais aussi étrangers, à la pointe du progrès.
Face au plan, médecins et patients désignent les zones d’ombre : cet investissement d’équipement de 217¥/personne suffira-t-il ? D’où viendra l’argent ? Le médecin de famille pourra-t-il exister ? A toutes ces interrogations, Wang Jun, vice ministre des finances répond : « n’attendez pas des miracles. Même avec de lourds efforts, le résultat ne viendra pas en une nuit ». Le système de santé efficace, équitable et à prix acceptable, sera pour 2020—au mieux !
Sommaire N° 12