Ministre de la santé, Chen Zhu est une personnalité radicalement différente de ses collègues sous deux aspects: il est un des deux ministres non communistes dans l’histoire du régime, et il est francophone, ayant passé cinq ans en formation à Paris.
Au départ, rien ne le prédisposait à un tel destin. Né en 1953 à Shanghai, il voyait à 13 ans son école fermée par les Gardes Rouges, sa famille mutée en Chine profonde, dans le Jiangxi. «Quand je réalisai», dit-il, «que le séjour serait de longue durée, je demandai à mes parents, médecins, de m’enseigner quelques soins ». Ce qui fit de lui un «médecin aux pieds nus». A 17 ans, il pratiquait sa 1ère opération d’un ulcère, avec pour tout anesthésiant, une paire d’aiguilles d’acuponcture. A 22 ans (1975), la commune reconnaissante lui obtenait une place dans une école de médecine de la province. Il la quittait en 1978 pour Shanghai, pour l’Université Médicale n°2. En 1981, il entamait son doctorat. En 1984, il était invité en France, à l’hôpital St-Louis (Paris-VII), où il achevait ses études sous les plus hautes sommités, soutenant sa thèse d’hématologie en 1989.
A Paris, Chen Zhu fut frappé par la liberté d’esprit des carabins, qui s’amusaient à tester les professeurs en leur soumettant les cas médicaux les plus ambigus, pour tenter de les induire à un diagnostic erroné. Attitude éloignée du respect confucéen traditionnel, mais les pontes, loin de s’en offusquer, félicitaient leurs «poulains» de leur compétence et de leur audace, ce dont Chen Zhu « prit de la graine ».
De retour au pays en ’89, Chen connut une carrière météoritique, directeur de l’Institut shanghaïen d’hématologie, du Centre national du génome humain, membre des académies des sciences de Chine, de France, des USA.
Nommé ministre de la santé en juin 2007, il hérite d’une maison «en feu», devant enrayer une série sans fin d’alertes qui culminèrent en septembre par le scandale du lait à la mélamine, et 300.000 bébés atteints de calculs rénaux. Son plus grand défi: combattre le formalisme ou l’excès de prétention de nombreux cadres. Pour redresser la qualité de la nourriture, il visite personnellement les centres de contrôle phytosanitaires, réorganise les services, fait passer (mars), la loi de sécurité alimentaire. Tout en invitant les citoyens (pratique atypique) à offrir leurs suggestions sur son site internet.
Chen consacre aussi ces 18 mois à la refonte du système de santé, déterminé à prendre ses responsabilités. Un témoin, récemment, l’entendait dire cette phrase, éthique nouvelle : «seule la réalité compte. Nous ne pouvons plus nous en tirer par des ‘ah, si seulement’ ou des ‘Y’a qu’à’. Maintenant, nous sommes aux commandes -nous n’avons plus droit à l’erreur» !
Sommaire N° 12