Joint-venture : Le tournant stratégique de ‘new-Danone’

Sa croissance chinoise est entravée depuis des années par un conflit avec sa filiale Wahaha, mais Danone rebondit là où nul ne l’attendait : le mécénat humanitaire.

C’est au Sichuan, fragilisé par le séisme de mai 2008, que le n°1 mondial du yoghourt décide d’agir en allouant 20M¥ en micro-crédits aux habitants. Pour accélérer les choses, la gestion des dossiers est confiée à la CFPA, émanation du Conseil d’Etat. La formation des cadres est assurée par Grameen, le réseau de micro-banque du prix Nobel d’économie Muhammad Yunus, avec qui Danone coopère depuis 2006 au Bengladesh. Une fois son dossier approuvé, le paysan peut emprunter 3000 à 50.000¥, sans hypothèque. A l’expérience de Grameen auprès de 7,5M d’emprunteurs, cette formule assure un retour des fonds de 99%. Par effet «boule de neige», d’autres crédits viennent s’ajouter : au total, en trois ans, ce sont 50.000 foyers sinistrés qui pourront reconstituer, qui un outil de travail, qui un lieu de vie, après avoir reçu un total de 178M¥. A échéance, ces fonds resteront disponibles pour d’autres prêts.

Remarque : en 2006, après sa nomination au Nobel, Yunus avait été invité par le gouvernement chinois vivement intéressé par son concept. Pourtant, la coopération n’avait pas pu débuter, faute d’une réglementation mature en Chine. C’est probablement l’entrée en jeu de Danone, couplée à l’urgence de rebâtir le Sichuan, qui a permis d’accélérer les choses et de tester en Chine le modèle Grameen : en cas (probable) de succès, le système sera étendu un peu partout dans le pays.

En outre, Danone Microfinance Foundation s’apprête à confier à Grameen 50M¥ au profit du Sichuan, à investir dans différents projets de production alimentaire ou d’autre forme de reconstruction de la région.

Ce mécénat, nous explique t’on chez Danone, traduit un tournant stratégique global dans l’histoire du groupe : « new-Danone » veut affirmer sa responsabilité pour l’écosystème social à tous niveaux. Dans le même ordre d’idée, en 2008, Danone avait monté avec l’association US Weight Watchers une JV de lutte contre l’obésité, offrant ainsi une contribution à un grave risque de santé se profilant en Chine à l’avenir.

Tout ceci contribue puissamment à changer l’image du groupe en Chine, et faire oublier les déboires de Wahaha. Mais on a l’impression que la motivation n’est pas économique— plutôt d’ordre philosophique, comme annonciateur de comportements nouveaux dans le monde industriel, pour faire face aux défis du temps.

 

 

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