Petit Peuple : Fuzhou—la jalousie, mauvaise conseillère

Homme d’affaires à Fuzhou (Fujian), Lin Ping fut en 2007 la proie de la « maladie des yeux rouges» (红眼病 hong yan bing), autrement dit du démon de la jalousie. Elle lui arriva le jour où un ami lui révéla avoir surpris, à Shanghai, sa femme Wang Xia au bras d’un autre homme. Or, Wang s’était bien rendue à cette date en cette ville, soi-disant pour un colloque. L’accompagnait Jiang, président d’université dont elle était depuis 10 ans la secrétaire. Se pouvait-il que cet intellectuel au-delà de tout soupçon, ami du couple, le trompe ainsi qu’elle-même ?

Pressée de questions sur ces missions qui se multipliaient depuis 15 mois, Wang Xia protesta de son innocence, et Jiang renchérit. Pourtant, leurs dénégations ne purent rien faire pour dissiper le soupçon qui taraudait désormais le mari jaloux.

Lin recruta un détective privé. Ce dernier lui offrit ce deal honnête en apparence, mais en fait ruineux : pour chaque indice de trahison qu’il lui fournirait, Lin paierait 2000 yuans. Dès lors, photos, enregistrements de téléphone, rapports de filature, photocopies de lettres et vidéo pirates commencèrent à pleuvoir sur son bureau, mais sans aucune preuve définitive : le flic privé n’avait nul intérêt à tuer sa poule aux oeufs d’or, et pour leur part, les amants avaient su éviter le flagrant délit en redoublant de prudence.

Sur le fond, avec 35 indices, le mari avait sa conviction faite : le président et sa femme filaient le parfait amour, avec chambre en ville et escapades. Même si Wang Xia et Jiang continuaient à nier mordicus !

Pour confondre ses infidèles, notre homme saisit, si l’on peut dire, le taureau par les cornes. Il alla trouver sa belle-mère à son home. Il obtint qu’elle l’aide. A la prochaine visite de sa fille, elle la somma d’avouer et sa fille au pied du mur, ne put plus mentir. Alors, sacrifiant à l’honneur le bonheur de sa fille, la vieille remit au mari la confirmation de son infortune.

Pour cet hypochondriaque maladif, des mois d’angoisse s’achevaient. L’heure de gloire arrivait, apothéose de la revanche tissée de mépris et de haine. En morale chinoise, pour le préjudice subi, il avait ses coupables à sa merci, et tout pouvoir sur eux. En guise de hors d’oeuvre, il exigea de Jiang qu’il demande pardon à genoux, et souffre une paire de soufflets retentissants. Ce n’était pas cher payé : le président acquiesça vite. Mais à peine les gifles administrées, le cocu présenta au suborneur la liasse des 70.000¥ de frais du détective. Là encore, Jiang paya sans sourciller.

Ce fut pour s’entendre annoncer qu’il devrait racheter sa maison «souillée» par les péchés du faux couple : 2M¥, ou bien il conterait au tout Fuzhou les galipettes du président d’université, avec pour immanquable résultat de le perdre de réputation, dans cette province très à cheval sur les apparences morales.  

Jiang fut au désespoir: la demande dépassait de loin ses moyens. C’était bien ce que voulait le mari berné : détruire son assise morale et financière. Jiang tenta de l’apitoyer, parlant de suicide: Lin en jouit d’aise, et lui offrit de l’aider : de lui couper les jambes, à moins qu’il ne lui cède…

De la sorte, l’on tomba vite dans le sordide. Pour racheter la maison au prix du marché, 1,2M ¥, Jiang trouva un ami compatissant. Il paya aussi toute l’épargne de ses vieux jours, 370.000 ¥, sans parvenir à satisfaire les exigences du mari, qui menaçait toujours. Il envisagea de sauter du haut de son immeuble, ou sous une voiture—mais sans trouver le courage pour le faire.

En désespoir de cause, Jiang se rendit le 24/01 au commissariat pour dénoncer le maître-chanteur, aussitôt arrêté, et qui y restera douce vengeance est consommée, ayant réussi à « briser la fortune et la carrière » du trop faible président (身败名裂 shēn bài míng liè) qui, à l’aube de la retraite, voit sa vie en miettes. Seul regret de Lin : derrière les barreaux, il ne peut plus démolir Wang Xia, qui dès lors, reprend sa vie normale -et son amour peut-être… Le monde est trop injuste, se dit-il!

 

 

 

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