Argent : Conjoncture: La Chine brave le nouveau monde

Conjoncture: La Chine brave le nouveau monde

La Chine «pourrait sortir de la crise en premier, puis garder une croissance stable», dit Zhang Yutai, directeur d’un centre de recherche du Conseil d’Etat (23/03). D’ici 2010, le plan de stimulus devrait ajouter 1,9% à la croissance, et Li Keqiang, vice 1er maintient l’objectif de 8% en 2009 : « certains secteurs remontent déjà la pente ».

Parmi ceux-ci, la chimie, avec ChemChina qui mise 5,5MM² en 5 ans (co-financés par le stimulus), sur un méga site productif à Tianjin. Ses rachats en 2006 des Français Adisseo (alimentation animale), et de la branche silicone de Rhodia mettent ce groupe jeune (fondé en 2004) en position de force, avec des produits à faible besoin d’énergie et «écologiques». Autre bénéficiaire, l’immobilier : Shimao, le groupe de Xu Rongmao (l’homme le plus riche de Chine) reçoit 1,7MM² en prêts de la BdA, pour lui permettre le rachat de rivaux ruinés. Idem, la banque tire la bourse vers le haut, tels Minsheng ou Shenzhen Development Bank qui gagnent 2%, grâce à leurs prêts aux paysans et aux PME. La banque chinoise est moins frappée par la crise que ses soeurs étrangères : c’est qu’elle s’est cantonnée à la vente de produits simples, et à son marché intérieur. Même chose pour l’assurance: Ping An constate la prise de conscience par le public, du besoin de se protéger mieux des désastres tel le séisme de 2008 – ses affaires baisseront, mais pas en dessous de la barre des 10%, dit Keith Li, son vice Prsdt. Le commerce aussi anticipe la reprise, tel Suning, n°2 de l’électroménager qui prétend ouvrir «1000 surfaces» d’ici 2014, en franchise, dans des villes petites et moyennes. Enfin, les provinces de l’intérieur n’ont pas (encore) vu arriver la crise, car elles vivaient en circuit local, et l’Etat leur octroie de larges tranches de crédit frais. Ainsi, le Xinjiang émet pour 440M$ d’obligations, première province à le faire -c’est le ministère des finances qui se charge de l’opération. 30MM$ en obligation sont ainsi alloués aux régions, avec priorité au Centre et à l’Ouest.

Cela dit, ces chiffres sont-ils justes ? L’économie chinoise redémarre-t-elle vraiment? D’autres données moins vantées, parlent de profit industriel en fort recul (janvier-février), de consommation électrique en rechute, et de déflation toujours pendante (cf Vdlc n°09)… Plus insolite, cette campagne de slogans sur la convalescence chinoise, s’oppose à celle de février, qui disait « le pire est encore à venir… La Chine ne sauvera pas le monde ». Sur la réalité de cette reprise, il faudra attendre le mois de mai : le temps de constater si l’immobilier reprend, le vrai baromètre de sa croissance !

En attendant, cette affirmation d’une Chine convalescente, participe soit de la méthode Coué (faire semblant que tout va bien, pour que tout aille bien), soit d’un exemple à donner au G20, sur ce qu’il faut faire- et ceux qu’il faut suivre.

L’art contemporain chinois : back to reality

En janvier 2008, depuis cinq ans, le marché de l’art chinois chauffé à blanc avait monté de 583%. Il y avait quelque chose de pourri dans le royaume du pinceau : jusqu’à 80% des ventes en galeries étaient truquées, disaient les commissaires (indépendants) d’expositions : fausses enchères, remises secrètes… Souvent l’artiste était trop occupé pour peindre, et ne faisait que signer des oeuvres faites par ses « nègres ».

Avec la crise, la bulle a explosé. A Pékin en quelques mois, au « 798 », le quartier de l’art contemporain, 37 galeries ont fermé – des dizaines de peintres s’en sont retournés dans leurs provinces, caisses vides. Selon Brian Wallace, le vétéran de la Red Gate Gallery, la chute des cours a dépassé les 50%.

Même mur des lamentations à Canton, où le musée contemporain municipal n’a trouvé en sponsoring qu’1M¥, soit 20% de l’an dernier, pour monter ses 60 à 70 expos annuelles. Pour tenir, on rogne sur les coûts, on n’invite plus les célébrités. Pire, « Get it louder » la déjà célèbre Biennale cantonaise qui devait ouvrir en juin, est reportée à l’an prochain, faute du mécénat de piliers traditionnels, comme Chivas ou Pepsi.

Qu’on ne s’y méprenne pas : la plupart des vrais artistes, comme Pu Jie ou Su Xinping, reprennent philosophiquement leur bâton de pèlerin pour aller se plonger, comme dans leur jeunesse, dans l’auto-questionnement et les mystères de la création : « c’est le temps de repenser sobrement à ce que nous faisons », dit Pu Jie.

En même temps, des bourgeons d’art que l’on ne voyait pas avant, explosent en ce printemps : autres temps, autres financements. A Shanghai, le metteur en scène He Nian monte une comédie musicale jamais tentée auparavant, « le Capital » de Karl Marx. La trame en sera un groupe de travailleurs en col blanc, découvrant que leur patron genre Madoff les exploite et détourne la caisse. Quatre témoins doivent donner chacun leur version du délit (truffée de citations du penseur allemand), selon leurs points de vue professionnels et moraux, comme dans Rashomon, le film de Kurosawa.

Une autre oeuvre contemporaine vient d’obtenir les lauriers de la censure en s’en voyant interdire : la poupée en peluche dont toute la Chine parle, celle du mérinos mongol dit « cheval d’argile de la prairie », homonyme d’un juron chinois. Le « caonima » est banni de la toile chinoise, pour avoir «fait mousser un incident en confrontation entre internautes et gouvernement ». En particulier, le cheval d’argile ne doit plus jamais être associé au « crabe de rivière » ou à tout autre animal mythique. Hexie, crabe de rivière, étant homophone de « censure ». Mais par ces créations de potache, l’artiste nouveau retourne à deux de ses fonctions éternelles, qu’il négligeait un peu ces derniers temps pour cause de business : l’esprit ludique (l’humour), et la contestation.

 

 

 

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