Rio Tinto – un formidable coup de théâtre chinois
Vendredi (1/02) en bourse de Londres, un opérateur achète pour 14,05MM$ de parts Rio Tinto, à 21% plus cher que le cours : Shining Prospect (Singapour), filiale de Chinalco, le fondeur d’aluminium chinois, avec part minoritaire d’Alcoa, son homologue américain. L’alliance sino-US vient d’acquérir 12% du n°2 minier mondial. Or, la part d’Alcoa n’est que d’1,2MM : ces 13MM$ font le nouveau record d’investissement chinois hors du pays.
Il vient à un moment critique: six jours après, le n°1 mondial BHP-Billiton (Australie) aurait remis son offre « finale » de rachat plein de Rio, qui refuse 131MM$. Le but étant la fusion d’un super-géant à 350MM$, détenant 40% des ressources mondiales de minerai de fer, 20% d’alumine. Telle fusion inquiétait le monde, Chine en tête.
Pour les opérateurs, la surprise est totale : en décembre, le lobby sidérurgique chinois avaient tenté (ou feint de tenter?) de monter une contre-offre, qui avait fait long feu. Si BHP parachève sa prise de Rio, il trouvera Chinalco sur son chemin, qui peut surenchérir, avec l’allié US – emporter la mise, se partager la dépouille…
Question : quel argent Chinalco a-t-il aligné, et pourra-t-il continuer à payer, déjà lancé qu’il est dans une coûteuse stratégie de rachat de ses rivaux intérieurs? Le trésor public?
Le retour de la déveine alimentaire
La Chine n’avait pas besoin de cela ! 15 jours après avoir annoncé le succès de sa campagne de 4 mois pour rétablir son image de producteur alimentaire respectable, la Chine se retrou-ve avec deux nouveaux scandales.
[1] Au Japon, les raviolis surgelés au porc du groupe Tianyang (Hebei), ont été découverts chargés à l’insecticide methamidophos. Constat non d’un laboratoire, mais des hôpitaux où, depuis le 5 janvier, 175 Nippons ont dû consulter, parfois en urgence. Soucieux de ne pas endommager des relations en pleine convalescence, les deux capitales calment le jeu : Pour Tokyo, aucune preuve que le poison soit venu de Chine. Pékin a fait fermer l’usine, et envoie immédiatement une équipe de chercheurs au Japon, pour coopérer à l’enquête.
[2] Le 8/07/07, les services d’hygiène avaient fermé une usine des laboratoires Hualian de Shanghai, suite à la découverte de négligences graves. Mais le scandale éclate aux USA, où Hualian exporte sa pilule abortive RU-486.
NB : le RU-486 est produit dans une autre usine Hualian, qui a reçu en mai l’agrément de la Food & Drugs Administration américain. Cette campagne révèle une méfiance toujours vive outre -Pacifique- l’affaire des raviolis nippons n’arrangera rien !
Chassez le tabac, il rebondit au galop
Menacé à l’Ouest par les interdictions de fumer en lieux publics, Philip Morris Int’l (PMI), 1er tabagiste mondial se redéploie en Chine.
Pour quelques mois encore filiale Altria (bientôt autonome), PMI vient de recevoir le feu vert pour son usine Marlboro en Chine. Le deal avait été passé dès décembre 2005, puis bloqué par CNTC (China National Tobacco Corporation), le monopole national du tabac — pour gagner du temps, probablement.
La JV permettra à PMI de produire Marlboro en Chine sans quotas, dans son usine propre et celles de CNTC. Il vendra à travers le réseau CNTC sur ce plus grand marché du monde – 350M de fumeurs grillant cette année 2,2MM cigarettes.
A l’inverse, trois marques chinoises (Golden Deer, Harmony et Dubliss seront parachutées sur trois marchés « latéraux », Europe de l’Est, Centrale, et Amérique Latine, permettant à la Chine de faire ses expériences planétaires, sans concurrencer le géant américain sur ses meilleurs marchés, Europe et Amérique. Cela dit, en Chine-même, vu la concurrence intérieure déjà vive, le secteur n’attend pas une percée immédiate pour Marlboro, le haut de gamme.
Sommaire N° 5