105M de Chinois bloqués depuis 15 jours dans la neige – des immensités au centre-sud de la Chine, sous glace, et même le désert du Taklamakan entièrement enneigé : on n’avait plus vu cela depuis les années ’50 !
Or, cette tempête arrive au plus mauvais moment :
[1] Arrive la fête traditionnelle du Chunjie, qui aurait dû enfourner dans les bus et trains les 200M de migrants en route vers leurs conjoints, enfants, parents…
[2] Et la Chine, depuis l’automne, consomme plus de charbon, pétrole, électricité qu’elle n’en importe ou produit…
Ainsi aggravées, les conséquences du gel sont dramatiques. Entre Canton, Shanghai, Changsha et d’autres villes de l’intérieur, des milliers de trains/passagers, 3500 avions, des centaines de milliers de liaisons par bus furent annulés. 250.000 soldats, 772.000 miliciens (wujing) et réservistes furent lancés sur le déblaiement des routes et voies, la réparation des lignes à haute tension brisées par le surpoids de la glace—traités en héros, trois électriciens moururent d’épuisement, en chutant des pylônes. Bloqués dans les gares ou dans les trains en rase campagne, 6M de pauvres gens attendirent parfois des jours -comme Chu Hongling, migrante de 24 ans qui accoucha dans un dispensaire de village, après trois jours d’attente dans son bus gelé, d’un enfant appelé Zhongsheng (« né dans la foule »)… Rien qu’à Canton, ce samedi 2/02, 0,8M de voyageurs attendaient devant la gare, parqués par la police, rarement nourris de nouilles instantanées…
Les dégâts matériels s’annoncent lourds : déjà 230.000 maisons détruites, beaucoup plus endommagées ; 754.000 hectares de blé ou riz de printemps perdus, ainsi que 874.000 porcs, 85.000 vaches, 459.000 moutons et 14M de poules et canards. Augurant pour le printemps, d’une nouvelle hausse des prix. Après l’annulation de 8000 trains de fret (charbon!), 7% des centrales thermiques ont fermé – des villes n’ont plus d’électricité depuis une semaine.
Aussi, petit à petit, les industries ferment, faute d’hommes, d’énergie et de pièces. C’est le cas d’au moins huit groupes automobiles (Ford, Toyota, Honda…). Le 2/02, les dégâts atteignaient 6MM²…
Descendu à Changsha (Hunan) le 28/01, puis à Canton, puis de retour au Hunan, le 1er ministre Wen Jiabao est « sur le front », gère comme il peut, et s’excuse de n’avoir pas su prévoir la catastrophe. A travers les media, le régime donne une image orientée de cette crise sans précédent : pas de scène de panique ni même de souffrance, mais des scènes de police et d’armée nourrissant les foules, portant à bout de bras les enfants, poussant les voitures hors du verglas… pour démontrer qu’il est irremplaçable. Tandis que dans les foules, les migrants murmurent que leur malheur n’est pas forcément une fatalité.
Sommaire N° 5