Par multiples petites informations, le Tibet fait reparler de lui, rappelant ainsi son irréductible différence, géographique et culturelle, à tout autre région du pays :
[1] Pékin sort (7/10) un Livre blanc, sur la protection de la culture tibétaine. Moyennant 2400MM² d’investissement de 1959 à 2007 (dont la moitié depuis 2003), il déclare scolariser cette année 547.000 jeunes, salarier 30.652 profs -à 80% locaux. 50% des cours sont en tibétain -selon la loi. Détruits durant la Révolution culturelle, 1400 monastères ont été restaurés. Des dizaines de dictionnaires bilingues ont été rédigés. Trois chaînes de TV diffusent en tibétain, neuf éditeurs publient 1000 titres/an. 4000 artistes et 18 troupes de danse, chant ou théâtre se produisent au Tibet, en Chine, ou (trop rarement) dans le monde…
Tout cela est en partie vrai -nous avons pu le vérifier sur place, lors d’un voyage juste achevé. Mais les instituteurs de village sont souvent incultes. Les rangs des moines à l’heure de la prière sont ostensiblement clairsemés – depuis le 14 mars, murmure-t-on. Chanteurs et danseurs sont souvent tristes, faute de liberté. Des jeunes hommes fuient en Inde. Et surtout, partout en ville, l’APL, l‘armée chinoise, patrouille avec half-tracks, boucliers et casques, matraques, mitrailleuses. Et Lhassa garde les stigmates des émeutes: murs torchés et noirs des incendies passés, les magasins non restaurés ont repris les ventes…
[2] A Chamdo (1300km de Lhassa), 4 jeunes moines du monastère de Gonsar reçoivent (2/10) de 4 à 9 ans de prison, pour participation aux violences de mars. De ce district, au moins 22 autres ont déjà été condamnés.
[3] Le 6/10 à 80km de Lhassa, à 4000m, un séisme de force 6,6 détruit 200 foyers, cause neuf victimes. Pékin envoie des secours, et ferme les écoles, par sécurité.
[4] La Tibet Autonomous Region souffre du réchauffement global. Depuis 1969, la température a monté d’1°C, les ondées ont doublé à 150mm/an. Le Tibet en tire plus de foin cet été, mais moins de bouses de yak séchées, seul combustible local, dont la seule préfecture de Nagqu (420.000 paysans) brûle 2M chaque hiver. Ceci justifiant aux yeux de l’administration, l’effort pour fixer les bergers transhumants, qui ne sont plus que 5% de la population contre 80% en 1959 : c’est un changement culturel fort, trop rapide, sans doute moins lié à l’arrivée du socialisme, qu’à celle des progrès techniques inéluctables…
[5] Tandis que le Dalai Lama subit un second examen médical en 2 mois, ses émissaires s’apprêtent à rencontrer en octobre des cadres socialistes, en quête d’un accord. Mais sur quoi ? Ni l’appareil «han» local, ni la rue tibétaine ne semblent prêts à la moindre concession, et dans sa structure politique «fédérative», Pékin ne peut rien imposer : sauf miracle, l’échec est aux portes.
[6] A Daramsala (refuge indien du Dalai Lama), le Parlement tibétain en exil prépare pour mi-novembre une «conférence législative extraordinaire» et prédit, à défaut de résultats, la rupture de six ans de dialogue: faisant planer le spectre d’une tension de longue durée, genre Irlande du Nord, Pays Basque – ou Xinjiang…
De ce séjour au pays des neiges, nous retenons la volonté de la RPC de moderniser, mais aussi sa surdité aux aspirations locales, religieuses surtout, et la rancoeur mutuelle. Il en résulte bien des efforts gâchés: sur le plateau, la légèreté n’est pas l’ambiance dominante.
Sommaire N° 32