Quoique émanant de sphères très éloignées, ces deux incidents récents éclairent une même tendance de la société chinoise :
[1] Le 16/09 vit une 1ère dans l’histoire judiciaire du pays. Wang Yi, pasteur protestant à Shuangliu (Sichuan) attaqua le Bureau local des affaires religieuses, pour ingérence dans un culte de 40 fidèles le 2/05. Wang revendique la liberté religieuse inscrite dans la Constitution et «quand le pouvoir viole sa loi», le droit de «dialoguer» avec l’Etat en justice. Sa paroisse « des grâces de Qiuyu » fait partie des églises au foyer, aux 300.000 membres notoirement mal vus du pouvoir. A posteriori, le Bureau de Shuangliu avait couvert l’action policière par une interdiction de culte, à effet rétroactif.
[2] A Wuhan (28/09) des 10aines de milliers de fans marchèrent contre la CFA, la China Football association, accents de «Mort à la Super Ligue !». Ils défendaient Guanggu, leur club de foot qui venait de se retirer du championnat national, suite à la suspension pour huit matches de Li Weifeng, ex-capitaine national. Sanction pourtant justifiée : Li venait d’échanger des coups avec un adversaire sur le terrain. Mais le club du Hubei, suite à une série d’échecs désastreux qui le mettait 15ème sur 16, avait recruté cette star dans l’espoir de sauver sa saison -espoir dès lors perdu, car Guanggu était en faillite! N’ayant plus rien à perdre, le club avait donc fait ce geste de défi – choisissant la manière forte, la CFA rayait carrément l’insurgé de ses listes !
Loin d’être limitée au seul Wuhan, cette nervosité est partagée par l’univers du ballon rond chinois. Dès nov. 2004, sept clubs de la Ligue (sur 12, à l’époque) avaient prétendu se passer de la CFA et organiser seuls leur championnat. Et la fronde de Wuhan crée un tel malaise, que Xie Yalong, vice Président de la CFA et l’empereur despotique sur le foot chinois depuis 2005, vient d’être limogé (9/10). L’échec aux Jeux Olympiques et l’incident de Wuhan ont bien servi de catalyseur, mais le problème est ailleurs, systémique : pas assez de matches, pas assez de compétence, trop de corruption.
Entre ces deux incidents, bien des points communs. L’église protestante et le club de football contestent l’autorité des organes de contrôle, reliquat des temps de la dictature du prolétariat. Elles le font, à un moment vulnérable, après la fin de la fête des JO et alors que vient la bise financière. Dès 2004, entraîneurs et athlètes prophétisaient que le système suranné et autoritaire, opaque et rigide éclaterait—après les JO. On assiste ainsi aux 1ers signes du dégel, où la rue, pour ses activités de groupes, demande à passer de l’association (émanation de l’Etat) à la fédération (organe démocratique). On note aussi que la contestation de la base, part de ses segments organisés mais apolitiques (sport, religion). Signe d’une soif de modernisation des structures sociales !
Sommaire N° 32