A la loupe : « Touche pas à mon panda !»

Le 20/06, le film d’animation Kungfu Panda démarrait en Chine sous les pires auspices : [1] un mois après le séisme du Sichuan, la Chine en deuil ne devait pas sourire -pas sur les pandas. [2] Le long-métrage était signé Spielberg (studios Dreamworks), qui venait de lâcher les JO, accusant Pékin de complaisance vis-à-vis du Soudan et sa guerre civile au Darfour. [3] Au fond, c’était un film de culture chinoise, domaine que le pays croit strictement inaccessible aux étrangers, plus encore aux «marchands de soupe» de Hollywood. [4] Zhao Bandi, «Mr Panda» à Pékin (écrivain, inventeur d une mascotte en peluche) appelait au boycott du film et ameutait la SARFT (censure du 7ème art chinois), exigeant la protection du monopole sur la plus nationale des bêtes de Chine. Il accusait Mark Osborne, le réalisateur, de profiter d’un moment de faiblesse pour faire tourner la tête au chinois, «voler son or»…Hélas pour Mr Zhao, un contrat est un contrat : la Sarft (State Administration of Radio, Film and Television) ayant signé pour 20 films US/an projetés en Chine, ne pouvait se dédire. Tout ce qu’elle pu faire, fut de retarder de 15 jours la projection au Sichuan !

Contre toute attente, la réaction du public au box office déjoua tous les pronostics. Même à Chengdu capitale du Sichuan (les 2 semaines de deuil une fois révolues), Kungfu Panda battit le record national de fréquentation. Car ce panda ventru, pataud (l’alter ego en fait du porc Zhu Bajie dans le voyage à l’Ouest) est l’allégorie du chinois de la rue, brave, pauvre, plein de travers mais aussi, de rêves de courage. Po (le panda) dirige son échoppe de nouilles, gagnée 50 ans en arrière par un ancêtre au terme d’une mémorable nuit de mah-jong. Et il rêve de devenir maître de kungfu, pour battre Tailung, le méchant léopard des neiges. Pour ce faire, il lui faudra subir une initiation sous les griffes des « 5 furieux » animaux mythiques qui lui dispensent l’enseignement des moines de Shaolin.

On l’a compris, sous prétexte de «cape et d’épée» façon asiatique, c’est avant tout un film initiatique, où légendes et proverbes chinois défilent. Par respect pour leur sujet, les auteurs se sont privés le plus souvent du comique facile et des bons mots gratuits.

Or, au moment du bilan, divine surprise ! Pour la 1ère fois, la Chine se reconnaît dans ce film étranger, et le dit. L’oeuvre suscite même un débat national, au CPPCC (Chinese People’s Political Consultative Conference) où le directeur de l’Opéra de Pékin demande pourquoi, sur leur propre terrain, les Chinois ne sont pas capables d’en faire autant. Cette instance de l’Etat conclut en recommandant au régime… d’alléger la censure !

Pour autant, le succès sera bref. Au 30/07, Kungfu Panda doit céder sa place à Falaise rouge, peplum moyen-âgeux et grande messe nationaliste qui truste (par ordre du ministère de la culture) 80% des salles du pays. Kungfu Panda aura juste dépassé 14M² -les professionnels lui voyaient le potentiel du triple. Mais c’est bien comme ça : même à l’ouverture d’esprit, il faut un temps d’acclimatation !

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