Editorial : Doha -l’embellie, JO -le marasme

Les hauts faits de la semaine sont sans conteste la séance finale (21/07, Genève) de la ronde de Doha, accord commercial planétaire négocié depuis 2001, et la perte apparente du régime des espoirs qu’il plaçait en ses JO.

[1] Concernant Doha, le meeting de 35 cadres représentant 95% du commerce aurait dû s’ouvrir sans illusions, vu l’infructuosité des échanges des années précédentes. Le Nord veut sa part des marchés industriels des pays émergents. Le Sud revendique la levée des barrières agricoles d’Europe et d’Amérique. Pourtant à la veille de l’ouverture, un optimisme prudent prévaut : Pascal Lamy, Secrétaire Gal de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) voit «plus de 50% de chances d’accord». Discrètes mais efficaces, ses missions dans le monde ont rapproché les positions. 50MM$ de taxes/an disparaîtront, dont 2/3 entre UE/US, 1/3 entre émergents tels Inde ou Chine. L’Europe démantèle ses aides vertes de 54%. Le «paquet» de concessions réciproques est mûr. En outre, le monde s’inquiète d’une crise financière historique -on parle d’une sortie de crise fin 2009, après 2000 MM$ de pertes. Il ne peut plus faire la fine bouche sur son ultime chance de relance: de plus en plus, les frontières commerciales apparaissent comme un luxe que les nations ne peuvent plus se permettre.

[2] Concernant les JO, une ambiance tragi-comique se diffuse, escamotant la gaieté sans frontières que tous attendaient, par la discipline et les interdictions. Pour des raisons inintelligibles, les espoirs de Pékin semblent fanés. La mairie ne parle plus des «meilleurs Jeux de l’histoire olympique», mais de «JO de haute qualité, aux couleurs de la Chine» : le recul est frappant.

La rue a un regard plus cru. Alors que le Bocog (Comité d’organisation des Jeux Olympiques à Pékin) a créé pour ces Jeux cinq mascottes, elle s’est amusée à les coupler avec les calamités de l’année : Beibei le poisson avec le blizzard de février au Sud, Jingjing le panda avec le séisme du Sichuan, Huanhuan la flamme avec son relais mondial (l’opinion commence à réaliser le désastre qu’il infligea à l’image du pays), Yingying l’antilope tibétaine avec l’émeute de Lhassa, Nini l’oiseau avec l’inflation. Pour le Chinois, l’allégorie traduit la perte du mandat du ciel, ce qui explique les mesures urgentes, autoritaires, souvent vexatoires, parfois contradictoires. Ainsi, en plus des 100.000 agents antiémeutes et des 400.000 volontaires, des milliers de policiers locaux montent à Pékin pour aider à débusquer les pétitionnaires. A Kashgar (Xinjiang), deux Ouighours ont été exécutés pour terrorisme – 12 groupuscules démantelés. Pékin rémunère la délation (jusqu’à 73.000$) de terroristes embusqués. Mais il appelle aussi les 2300 cantons et leurs secrétaires du Parti à « écouter la population » et « régler les conflits dans l’harmonie»… avant les Jeux ! Autour de Pékin, trois «lignes de défense» et des centaines de postes filtrent toutes les routes, transformant la ville en camp retranché…

Certaines de ces mesures, seraient des excès de zèle de cadres intermédiaires déterminés à tout verrouiller, pour s’affranchir de toute critique, au cas où le pire devait arriver. Mais quel pire, alors que rien, sous l’angle olympique, n’est arrivé, sauf dans les têtes? La Chine paie au prix fort son absence de liberté de presse, qui empêche le pays de sortir du cauchemar où il s’est seul plongé. Car cette peur cristallise moins une menace sur les Jeux, que l’exaspération face aux problèmes sociaux et environnementaux auxquels on n’a pas de réponse…

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