On parle plus de la diplomatie africaine de la Chine que de celle qu’elle mène ailleurs, Asie ou Amérique Latine. A juste titre, car le continent noir voit se fixer bien des projets chinois vitaux pour elle : garantie en matières 1ères, quête d’alliés sûrs aux Nations Unies, constitution d’un «hinterland» pour vendre ses infrastructures, maintien d’un bloc non-aligné. Or cette semaine, deux incidents viennent questionner cette démarche.
[1] Le 10/07, ensemble avec Moscou, Pékin bloque au Conseil de Sécurité le projet US et britannique d’embargo au Zimbabwe de R.Mugabe (qui venait de confisquer les élections) : la sanction aurait fermé le pays aux trafics d’armes, aux voyageurs et aux fonds. Selon les experts, comme prix de sa protection, Pékin viserait le platine et le chrome zimbabwéen vitaux à ses industries, et les farms confisquées aux colons blancs. Peu de pays étaient opposés à cette tentative d’isolation, soutenue même par les églises chrétiennes locales : Pékin et Moscou auront du mal à maintenir leur front du refus dans les mois à venir.
[2] Autre souci, au Soudan : depuis La Haye, le 14/07, L.Moreno Ocampo, procureur de la Cour Pénale Internationale inculpe le Président O.al-Bachir, le vieil allié de la Chine, qui lui réserve les 2/3 de son pétrole. Motifs : le génocide au Darfour, les 0,3M de victimes depuis 2003, les 2,5M de réfugiés selon l’ONU (Organisation des Nations Unies). «Gravement préoccupée», Pékin voit ici un risque d’échec à quatre ans d’action politique. Pour faire accepter à l’Ouest son soutien à un régime violent, elle s’était impliquée dans le processus de paix, envoyant au Darfour un contingent de Casques bleus. Or, un malheur ne venant jamais seul, c’est le moment choisi par la BBC pour accuser Pékin (images à l’appui) d’avoir violé sa parole en livrant à Khartoum dès 2005 (après le vote de l’embargo soutenu par Pékin) 212 camions militaires Dong Feng, et des formations (au pilotage de ses chasseurs A5 Fantan). Par la voix de son ambassadeur itinérant Liu Guijin, Pékin taxe le reportage de «mauvaise foi »…
NB : Sur le fond, ces deux affaires risquent d’affaiblir, à l’Ouest et en Chine, les avocats du dialogue. L’affaire de la Cour Pénale Internationale démontre que même les politiciens occidentaux prêts à couvrir la Chine, n’ont plus toutes les cartes en main. Le veto de protection de Mugabe renforce intérieurement, mais affaiblit extérieurement le front «russo-chinois», dont l’intérêt matériel (à se partager les richesses des Etats-voyous) apparaît clair. Les deux affaires expriment avant tout les contradictions d’une politique africaine de la Chine encore jeune, à fort succès commercial, mais qui se cherche, et trouve ses limites. Après quatre années d’efforts pour rendre cette politique inattaquable aux critiques, retour à la case-départ : manifestement, la Chine, en Afrique, doit cesser de tenter d’être « l’amie de tous », et entre ses projets hétérogènes, faire des choix.
Sommaire N° 25