Temps fort : Conjoncture—l’alerte rouge !

« Tant crie-t-on ‘Noël’ qu’il vient », chantait François Villon: à force d’attendre le refroidissement, il arrive, mais pas comme on croyait : par l’explosion des fonds gris étrangers («hot money») attirés par les 6,7% de hausse du ¥ face au $ depuis janvier. En hausse de +36%, les réserves en devises font 1800 MM$. La réévaluation a été l’oeuvre de la BPdC (Banque Populaire de Chine), afin d’enrayer l’inflation. Mais le Mofcom, Ministère du Commerce met le holà, soucieux des difficultés d’exports frappés par la hausse du ¥ et des prix industriels (+8,5% en juin, plus que l’inflation à 7,1%).

L’export a donc chuté. A 99MM$, le surplus commercial du semestre perd 12% éreinté par les prix du pétrole et du minerai de fer (+77% chacun). Et pas par hasard, leurs détenteurs augmentent leurs importations chinoises: Inde +53%, Brésil +86%, tandis que les US coupent leurs achats de 9% et l’UE de 3,2%. L’export chinois reste positif de 7%, contre plus de 20% l’an passé : c’est l’alerte rouge !

Autre alerte, du côté de l’alimentaire. Pour faire face à la menace de pénurie, en mars, la Chine a dû libérer entièrement les importations. Résultat, elles ont bondi de 59%, entraînant un déficit de 7,6MM$.

Conséquence de la déprime : laminée de 56% depuis octobre, la bourse attend le miracle et les financiers cherchent d’autres placements. L’ICBC en est à offrir des placements en vins de collection. Pour la 1ère fois, l’immobilier neuf dépasse la demande avec 5Mm² neufs pour 3,5Mm² vendus : -41% de ventes dans dix métropoles. Et les tutelles se disputent : la CBRC (banques) avertit la BPdC (monnaie) de ne plus rehausser le taux des réserves bancaires obligatoires, aujourd’hui à 17,5% : les banques ne pourraient plus payer leurs dettes !

Dernier regard sur ce ciel qui se couvre : l’énergie vint à manquer. Rejoignant les douze provinces déjà en proie aux baisses de tension, Hunan et Guizhou coupent la distribution urbaine de 20%, et après l’aluminium la semaine passée, c’est au zinc de réduire la production de 10%, pour ranimer un prix déprimé, et laisser la priorité de l’électricité aux fermiers. Aussi la croissance a perdu 1,5% en six mois, à 10,4%. D’ici décembre, elle pourrait atteindre 10%, l’inflation 7% et la balance commerciale devenir neutre, pour la 1ère fois depuis des années.

Pour l’instant sans réponses, deux questions conditionnent l’avenir : dans la crise sans précédent qui s’instaure, l’économie chinoise qui perd une part de son export, garde-t-elle les moyens de son propre contrôle? Les clients émergents compenseront-ils les pertes sur ses marchés matures? Détail inquiétant, l’Etat, capitaine dans la crise, est en conflit interne entre ses lobbies, Mofcom et CBRC contre BPdC. En cherchant à protéger ses parts de marché, Pékin retarde d’autant la remise à jour urgente de son économie dans un sens soutenable, tournée vers l’intérieur et protectrice de l’environnement.

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