Par une dynamique des fluides propre à la Chine, la hausse de 16% de l’essence, 18% du diesel, le 20/06 (cf VdlC 21) s’est suivie, non par une fuite de l’usager comme chacun s’attendait, mais le contraire.
Avant, les pétroliers ne livraient les stations que de mauvaise grâce, pour limiter leurs ventes à perte (à prix bloqué sous le cours mondial). Tandis qu’après la hausse, ils ont rouvert le robinet, entraînant la course aux pleins -« coûte que coûte » !
Cette impavidité envers l’impératif d’abstinence, vaut pour toutes les énergies, avertit l’EIA (Energy Information Administration) dans son étude du 25/06 : en 2030, l’Empire céleste brûlera 85% en plus de charbon et d’hydrocarbures. A +6,8% d’émissions par an, elle aura ajouté d’ici là 50% de CO² supplémentaires et 12MMt/an dans les airs. Par bonheur, d’autres experts ne partagent pas ce pessimisme, argumentant que dans 12 ans, une Chine mûrie, sera passée à un modèle de croissance durable, renonçant à la voiture pour tous et tout ce qui s’ensuit -comme par exemple, le redéploiement militaire hors frontières, indispensable pour sécuriser ses sources d’énergie.
En attendant, en visite à Jeddah (Arabie Saoudite), le vice-Président Xi Jinping réitéra dans l’enceinte de la Conférence internationale de l’Énergie (22/06) la doctrine énergétique chinoise.
Rien de nouveau, ni de bien encourageant : au reste du monde, il propose de discuter, pratiquer l’exploration collective pour satisfaire la « demande normale » (sic) de tous les pays. Il invite les riches à mettre à disposition des autres leurs technologies, mais ne fait en revanche aucune allusion à un engagement de la Chine vers une réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. Au contraire, « la consommation par habitant chinois n’est que de 84% de la moyenne, et en pétrole importé, que de 37%»: il y a de la marge !
L’aspect nouveau dans ce défi énergétique chinois est l’appel à l’étranger comme bailleur d’énergie, pour l’appoint que la Chine ne peut plus assurer seule.
On a vu semaine passée la signature du contrat Total (VdlC n°21). A présent, Daewoo (Corée du Sud) signe avec CNPC une intention de livraison de gaz naturel liquéfié (GNL) birman, depuis ses gisements A1 et A3, sa propriété à 51%. Avec l’Inde et la Chine, la Corée/sud se partage ce pays aux 2500MMm3 de réserves, que les autres préfèrent ignorer pour cause de dictature.
CNPC offre aussi à Shell et Qatar Petroleum 24,5% (chacun) d’une future raffinerie à Hainan, au coût pouvant atteindre 10MM$. Pour ce type d’outil, la Chine n’a plus tellement besoin de technologie, ni de financement. Elle ouvre quand même à ces deux outsiders cette entrée sur un marché qui leur rendra le profit du raffinage… du pétrole qu’ils lui auront livré. En un mot, face à ses besoins incompressibles et qu’elle ne peut plus satisfaire seule, la Chine ne peut plus prendre sans donner!
Sommaire N° 22