[1] Au printemps, la crise alimentaire a fait voler tous les prix sur les marchés, causant une insupportable inflation vivrière (plus de 20%). Mais au plus fort de la pénurie, quand les acheteurs, au sud, raflaient tout le riz des rayons, quelques trains expédiés du Dongbei, et une visite de Wen Jiabao à Hong Kong, rappelant l’existence d’un stock de 200Mt de réserves, ont suffi à rassurer. L’imminence d’une récolte annoncée excellente (comme partout au monde) semble -pour l’instant- dissiper le spectre de la disette. On doit ici saluer la clairvoyance de ce régime aux racines paysannes. En misant, depuis toujours, sur l’autonomie vivrière, il s’est retrouvé moins frappé que d’autres l’an dernier, quand la spéculation mondiale et la sécheresse frappèrent les filières alimentaires.
Ce qui ne veut pas dire que tout aille bien : la Chine commence par endroit, à manquer de paysans (ils partent à la ville, qui paie mieux!), et elle consomme deux fois plus d’eau que ses réserves renouvelables. La vraie crise est pour demain. Mais la Chine a déjà ses plans d’avenir qui passent par le passage de l’eau au prix de marché, et celui des cultures céréalières aux OGM.
[2] L’autre pénurie, celle de l’énergie, a été une des causes de la débâcle du 10/06 en bourse de Shanghai (-7,7%) : l’actionnaire savait que la Chine en 2008 importerait 150Mt de brut à 130$/baril ou plus, revendu à 40% sous le prix moyen mondial, ce qui coûtera au moins 100MM$ à l’Etat. A présent, sur la côte, les pétroliers Sinopec et CNPC tardent à approvisionner les 88.000 stations : les queues s’étirent devant les pompes.
Le même problème se reproduit dans l’électricité, ou 62 centrales thermiques ont fermé (1% du parc).
Faute de charbon, dont le prix, aligné sur le cours mondial, ne cesse de monter (33% depuis janvier) : Quatre provinces dont le Hebei ont moins de 7 jours de réserve, et la Chine tourne avec 44Mt de stock, soit 11 jours. Vendant l’électricité à prix bloqué, les centrales tournent à perte et préfèrent n’acheter que pelletée par pelletée. Dans cette pénurie, joue la distance -les centaines de km de voies ferrées entre les mines et les centrales : le réseau est engorgé.
Autre problème : les trois clients prioritaires de l’Etat, qui privent d’autant le reste du pays: le Sichuan (pour accélérer sa reconstruction), Pékin (pour les JO), et les paysans, pour la paix sociale -c’est pour eux que le régime bloque pour l’instant le prix du carburant. Résultat: Canton, début juin, doit fermer ses usines et souffrir des baisses de tension de 200.000Kw/j. A tous les sens du terme, l’été sera chaud !
Personne ne s’y trompe : après les Jeux, viendra la libération des prix du gaz, du pétrole et de l’électricité, alors que l’or noir sera -peut-être passé à 200$/baril. Le moment pour la Chine, de réévaluer son modèle de croissance, et l’Occident avec elle!
Sommaire N° 20