Le 10/06 fut pour l’armée l’occasion d’une victoire au Sichuan : le lac sismique de Tangjiashan fut dégagé à coups d’obus : au rythme de 6500m3/h, les 2/3 des 250Mm3 de boue accumulée s’écoulaient en 24h vers Beichuan, cité sacrifiée.
La reconstruction démarre, à rythme hallucinant. Signé Wen Jiabao (8/06), un décret du Conseil d’Etat fournit un cadre légal en neuf chapitres et 80 articles couvrant tous les aspects, du financement à l’audit, en passant par les normes anti-sismiques, le développement durable (en profiter pour fermer les PME polluantes et dangereuses) et les aspects moraux: « toute commune est tenue de fournir aux victimes une assistance psychologique ». Le plan-directeur de reconstruction est aussi annoncé. Venu de Taipei, le professeur d’architecture Hsia Chu-joe plaide pour que Dujiangyan soit rebâtie en style local, afin d’assurer sa vocation touristique future : chance à prendre, pour cette ville classée à l’Unesco, dont le réseau millénaire de contrôle des eaux de la rivière Min est resté indemne.
Toutes les provinces se livrent à un concours de générosité -chacune dans son secteur alloué. Ambulances, poids lourds aux plaques de tout le pays se suivent sur les routes, ces derniers chargés de lavabos, tentes, panneaux et tous matériels pour les logis provisoires de 20m². Les décombres sont aplanis au bulldozer, des villes d’agglo de 100.000 habitants apparaissent dans la nuit. Dans les villages de montagne, les paysans reçoivent 2000¥ en cash pour acheter bois, briques, tuiles pour rebâtir. Pour éviter les fraudes (alors que 10MM²/an sont imputés à la région), des centaines d’auditeurs sont dépêchés sur place—déjà 15 cadres indélicats ont été suspendus : ici, Pékin ne plaisante plus ! Pire : toutes les écoles du pays devront être testées (combien à rebâtir), et des milliers de villes établies sur le cours d’un torrent, devront être déplacées.
Autre urgence: désamorcer la colère des familles ayant perdu au moins 9000 enfants. Pour les décès, les primes de «condoléance», sont fixées à 3500², payables par tranches, sans compter les aides aux funérailles et les primes de chômage. Le collège de Xuankou, où gisent 44 enfants, est classé comme mémorial. De même, le ministère de l’Education et la ligue des jeunesses communistes (fief de Hu Jintao) organisent d’atypiques « élections nationales » des jeunes les plus héroïques. Les dotations privées affluent de l’étranger aussi, comme Vinexpo-Asia qui met aux enchères les 2000 bouteilles de son dernier salon (cf rubrique « argent »), et des primes ou galas par la NBA ou les Houston Rockets.
En somme : le pouvoir n’épargne aucun effort pour exacerber la solidarité de la société chinoise, et la montrer comme grande famille cordialement unie. Il est jusqu’alors très convainquant, avec un seul accroc au tableau : les parents !
Sommaire N° 20