A la loupe : Zimbabwe : la traversée de tous les dangers

Frappante découverte le 17/04 au port de Durban (Afrique du Sud) : le cargo chinois An Yue Jiang prétendait décharger 77t d’armes pour le Zimbabwe—munitions, 3000 obus, 1500 têtes de bazookas.

T.  Mbeki, le Président de la République avait permis le transit des armes, destinées à la garde prétorienne de son homologue R. Mugabe. Payée 1,245M$ au groupe militaire Polytechnologies, la cargaison «de la honte» devait permettre au dictateur de se maintenir après des élections du 29/03 probablement perdues, dont il reporte depuis la publication des résultats.

Pour la Chine, les suites furent embarrassantes. Les dockers locaux refusèrent leur travail et deux jours plus tard, un juge local interdit le déchargement, forçant le navire à reprendre la mer. Dès lors, les voisins, Zambie, Angola, Mozambique interdirent au bâtiment l’entrée dans leurs eaux, et la fédération internationale des dockers a relayé la consigne de boycott : privé de façade maritime, Harare ne peut prendre possession de sa commande !

A ce moment historique critique pour Pékin, on doute que la «découverte » d’une vente d’armes chinoises à une dictature africaine, soit le fruit du hasard. Il aurait plu être aidé par la CIA et les USA, qui coordonnent le blocus auprès des Etats riverains. Assez vite, en tout cas, l’image de la Chine commença à souffrir sur le continent africain, et Washington comme l’Union Européenne, firent appel auprès de Pékin pour qu’il rapatrie sa cargaison indésirable.

Face à la presse le 21/04, on vit la Chine faire marche arrière… à sa manière. Signé l’an passé, avant les élections, le contrat était « de bonne foi », « licite », « pratique commerciale normale ». Mais dans la mesure où les voies d’accès au Zimbabwe étaient bloquées, l’armateur Cosco « réfléchissait à faire faire machine arrière » au navire : grand seigneur, Pékin rapatria…

Si la Chine, tout en sauvant la face, cède, c’est d’abord car ce repli permet d’interrompre la polémique, tout en lui laissant la lati-tude, à l’avenir, d’acheminer son matériel par d’autres voies. Mais surtout, elle doit éviter de laisser s’accumuler les problèmes de droits de l’homme. Sur son sol à Shahe (Hebei, 5/04), des 10aines de séropositifs contaminés par l’hôpital local, furent anesthésiés de force et arrêtés, alors qu’ils tentaient de porter leurs doléances auprès du 1er ministre de passage. A Saixi (Yunnan, 9-13/04), la police tira sur des villageois Miao tentant d’empêcher l’ouverture d’une mine de tungstène. Près de Haikou (Hainan, 20/04), elle combattit des paysans bloquant l’expropriation de 15.000ha de leurs terres, où la mairie voulait installer un golf…

A mesure qu’approchent les Jeux Olympiques, la Chine voit se renforcer l’urgence d’une bonne image: à l’heure des choix, il apparaît plus fa-cile de concéder sur le Zimbabwe, que sur des émeutes locales!

 

 

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