Face à l’effondrement des valeurs fiduciaires, l’Etat avait jusqu’à hier un credo de n’intervenir que sur les banques, pas sur la bourse. Sa priorité était de stabiliser les prix. D’où, pour assainir le marais de liquidités et combattre l’inflation, sa récente décision (VdlC n°14) d’une hausse des réserves bancaires, et sa marche forcée de revalorisation du ¥uan (équivalent à 17%/an, au 1er trim.).
Ce dogme vient de subir une série d’accrocs. Le 23/04, la taxe aux transactions vient d’être rabaissée de 0,3 à 0,1%. Quoique cet outil vieux d’un an, ait déjà fait tomber 22MM² dans l’escarcelle de l’Etat. Très populaire, l’annonce fit rebondir l’index de 7% le lendemain. Une autre disposition vint renforcer l’effet : le cloisonnement des parts autrefois hors-commerce, privatisées depuis ’06, qui s’apprêtaient à entrer sur le marché : afin d’éviter la dilution du titre, ces parts (320MM², 40% de la capitalisation libre), se voient imposer un mécanisme spécial de vente et achat.
D’autres outils boursiers entrent en lice, comme le 2d tableau des valeurs à risque, lancé à Shenzhen fin mars – l’équivalent chinois du Nasdaq de New York. Des millions de firmes familiales attendent cet instrument pour échapper au mont de piété et ses intérêts abusifs, banquier exclusif de 65% des PME.
Le nettoyage accéléré par l’Etat, des banques de l’agriculture (ABC) et du développement (CDB), sert aussi la relance de la bourse, en lui préparant ces titres nouveaux, élargissant la palette des valeurs disponibles.
Idem, l’arrivée des valeurs étrangères en bourse de Shanghai et Shenzhen se dessine. A ce jour, ces places restent encore l’apanage de firmes 100% chinoises. Mais la rumeur s’amplifie, de l’entrée prochaine d’Euronext, la bourse européenne, filiale de celle de New York.
Tout en redynamisant les deux corbeilles, la tutelle CSRC innove dans l’action disciplinaire. Tel dans les fonds mutuels, pour en renforcer la crédibilité -placement « de père de famille », qui occupent déjà 23% de la capitalisation, et 250MM². Deux gestionnaires de fonds viennent d’être interdits, l’un (CIFM), à vie, l’autre (CSFM), pour 7 ans, pour le même délit d’initié, dit, en chinois, « le nid à rat » -technique consistant à négocier en privé, les valeurs du portefeuille du fonds. Le profit (150.000² dans les 2 cas) a été confisqué, alourdi d’une amende de 50.000².
L’Etat met la crise à profit pour préparer le paysage financier de demain, revivifié. Mais deux éléments manquent—opportunités en voie d’être ratées : on ne voit ni réforme accélérée de la Sécurité sociale, ni réforme des prix des matières 1ères-eau, gaz, électricité, pétrole, pour refléter le coût réel, et mettre fin à des décennies de tradition de gaspillage à prix « socialiste »…
Sommaire N° 15