A Huailai (Hebei), aidée par Mme Zhang sa mère, Xiaohua cherche mari- mais «pas trop vite»! Un mélange d’indolence et de désir de face lui dicte patience. La mère-elle, est pressée. L’honneur n’attend pas: Petite-fleur est mère divorcée, à 25 ans, qui seront bientôt 30, l’âge des vieilles filles. Une dangereuse horloge égrène son compte à rebours.
6 mois avant, Xiaohua avait toujours son mari, et son métier, à la caisse de leur dispensaire privé. Ils échangeaient chaque jour cris et horions. L’homme en aimait une autre: tous les prétextes étaient bons pour claquer la porte et rejoindre l’amante. Xiaohua tombait dans le panneau, en rajoutait même, faisant une montagne de toute broutille, afin de lui jeter son infidélité au visage.
Après divorce, pour survivre, Xiaohua a migré à Changping, vendeuse en magasin de chaussures. «Bon boulot», fait-elle, pragmatique, «mais qui manque d’hommes». Une fois par mois, elle reprend son bus 999 et change à Yanjing, pour aller voir son fils chez la grand-mère.
Cherchant mari pour sa fille, la mère Zhang appelle tous ses pistons, manie tous les arguments:«nul besoin d’un Pékinois. Ni qu’il soit beau ni riche, ni qu’il reconnaisse l’enfant -je m’en arrangerai, moi. Il pourra lui refaire un môme, si ça lui chante» (sans enfreindre, NDLR le planning familial, qui impose ‘un enfant par couple‘, mais pour la femme, ‘un enfant par mariage’).
Xiaohua-elle ne voit pas les choses pareil -c’est, avec sa mère, son seul différend : le mari devra apporter logis et emploi stable, mais surtout accepter son fils – pas question de le laisser à sa mère.
Pour accélérer les choses, elle s’est inscrite à une agence de Yanjing, a passé les tests, s’est faite photographier. Ses chances sont plutôt bonnes d’ailleurs, car récupérer un héritier mâle tombé du ciel, est parfois vu comme une bonne affaire. Elle est en outre d’un physique agréable et sur le marché du mariage, les filles sont les plus rares. Et puis el-le se dit « prête ». Comme dit l’adage, «pour que vienne le -futur, le passé doit s’effacer»
(旧的不去,新的不来, jiude bu qu, xinde bu lai»). Pas plus mauvaise formule que le français « une de perdue, dix de retrouvée»!
Un trait étonne, en cette histoire inachevée: c’est la mère qui veut remarier sa fille, et qui la lance, telle un soldat, dans sa prochaine bataille.
L’union est conforme aux intérêts du clan, pour couper court aux racontars, voire éviter que la jeune mère ne soit à sa charge. Des concepts tels «Amour», «affinité», «bonheur» ou quête de soi, restent extérieurs à l’affaire.
Mais en fait, l’abîme qui sépare Xiaohua de la modernité, s’oppose moins à l’étranger, qu’à la ville. Sourde à la mutation de la Chine, la campagne garde ses traditions anachroniques, comme bouclier ou circuit de réserve. Si le prodigieux essor chinois venait à vaciller ou culbuter, c’est par le village que reprendrait la vie chinoise !
Sommaire N° 15