La bourse gonfle et casse : lundi 26/02, Shanghai passait la barre des 3000 points, épilogue-record d’une chevauchée haletante l’ayant vue monter de 162% sur 14 mois ! Mais le 27/02, baptisé « mardi-noir », la place perdait 8,9%, pire chute en 10 ans. 108MM$ grillaient dans l’aventure, et sans le « garde-fou » limitant l’érosion à 10% par titre, le bilan aurait été bien plus grave: 800 des 1400 valeurs atteignaient le butoir !
Toutes les places boursières dans le monde suivirent : -4% à New Delhi, -2,5% à Hong Kong, -1,8% à Londres, -3,3% à New York, qui brûla 632MM$ dans la journée, bien que la bourse chinoise ne concerne que son marché intérieur, en Yuan non convertible! De l’aventure, le monde de la finance retient deux leçons:
chute chinoise mise à part, la bourse américaine était intrinsèquement fragile, vulnérable à un tel « déclencheur », et
la bourse chinoise est désormais assez forte et imbriquée dans la finance mondiale pour pouvoir donner le ton.
En fait, dès fin janvier, Chen Xiwei vice-Président du Parelemnt (ANP) avait averti : cette bourse était notoirement surévaluée, sous la ruée des petits porteurs se disputant les émissions des grandes entreprises d’Etat. En janvier, le nombre des traders avait augmenté de 134% ! Des firmes peu scrupuleuses, avides d’avoir leur part de cette manne avaient émis des parts sans permis, qui prospéraient comme les autres, sans que leurs porteurs se préoccupent de la faiblesse de leur gestion. Même l’arrestation pour fraude le 29/12, du PDG de Bailian (Shanghai), valait à son titre un gain de 45%!
C’est pourquoi durant le nouvel an chinois, l’Etat a préparé l’opération « perçage de bulle », selon un scénario éprouvé et avec une impressionnante maîtrise. Le 25/02, suite à une série de messages « douche froide », il annonçait une « force spéciale » contre la spéculation, puis suggérait la taxation à 20% des plus-values. Le 26/02, la Banque centrale ajustait à 10% le taux de réserve des banques (5èmehausse en 8 mois). Peut-être renseignés, des investisseurs stratégiques se retiraient dès le franchissement de la barre des 3000 points, donnant le signal de la retraite. Puis le lendemain, pour l’enrayer, il a suffit au 1er ministre Wen, le lendemain, d’affirmer à la TV son soutien à la bourse, et de dissiper la rumeur de la taxe de 20% : dès lors, Shanghai et Shenzhen repartaient à la hausse, laissant les autres places du monde lécher leurs blessures, tout en apprenant que désormais, les décisions financières et boursières de Pékin les concernent et atteignent.
Sommaire N° 9