Temps fort : Une nouvelle mémoire pour Pékin : le musée UCCA

En février 1989, au Musée national des Beaux Arts de Pékin, une exposition allait faire date : « China avant-garde » mobilisait les artistes de la «new wave» (1985- 1990) contre la tentation conservatrice à révoquer la politique d’ouverture de Deng Xiaoping. Surtout, elle choquait. On y voyait une artiste tirer au revolver dans une cabine téléphonique. Une autre, interpréter la célèbre recette culinaire des «crevettes ivres», sur le ventre d’une belle nue… Toute l’intelligentsia se battit pour venir voir ce concentré de contestation de toutes les valeurs du temps, et après trois jours, le régime ferma l’exposition organisée par un certain Fei Dawei. Les mois suivants, débutaient les événements du printemps de Pékin !

Pour ceux qui vécurent ce moment, c’est un choc de retrouver ce lundi 5/11 quasiment la même, intitulée « ’85 new wave », présentée par le même curateur —de retour en son pays après 18 ans d’exil. La présentation se tient à quelques kilomètres de là, à l’espace « 798 », complexe industriel offert à la Chine par la RDA dans les années ’50, reconverti depuis en quartier de musées et galeries.

Le mystère du retour de cette expo séminale aux 30 artistes aujourd’hui de renom international (Wang Guangyi, Zhang Xiaogang…), s’éclaire : à l’époque même, le baron belge Guy Ullens et son épouse Myriam, collectionneurs visionnaires, avaient acquis une bonne part du catalogue. Puis en 2005, ils reprirent les deux plus grandes halles de l’espace 798, entretemps restaurées par l’architecte français J.M. Wilmotte.

Le musée UCCA  « Centre Ullens d’art contemporain » voyait le jour le 5/11 : 8000m² (le plus grand musée privé du pays), 3 salles,  2 niveaux, aux éclairages et à l’humidification ultramodernes – puits de lumière, bouquets de fibre optique, GPS suivant la rotation du soleil. Par sa présence, l’UCCA a contribué à faire classer la zone «798», la mettant à l’abri des appétits des promoteurs. La démarche est de type humaniste, car c’est en Chine, aux Chinois que les Ullens restituent leur art. L’espoir est de créer à l’UCCA des expos et inspirations croisées «Est-Ouest ». Quant aux autorités, ravies de voir atterrir sur leur sol cet espace leur faisant gagner quelques années en technique, elles soutiennent la démarche, enthousiastes !

Pour autant, l’investissement sera sans doute rentable. Partout en Chine, des musées surgissent, projets de mécènes sachant compter, lançant la Chine dans une nouvelle époque après 60 ans de sous investissement et de culture sous haute surveillance. Aujourd’hui, des Chinois paient jusqu’à 4M$ les toiles d’autres Chinois. Assouvissant un vieux rêve des Chinois pour se recomposer une âme qui les reflète, « reboiser l’âme humaine » ! 

 

 

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