Temps fort : Pékin, pompier de l’incendie birman

La Birmanie s’embrase. C’est le pot de fer de l’armée kaki, contre celui de terre de l’armée safran, les AK47 contre les moines : le 28/09, on comptait 14 morts (dont un photographe japonais), des 100aines de blessés. A l’ONU, Chine et Russie opposaient leur bouclier diplomatique à la tentative de condamnation du régime, soumise par G.W. Bush — fidèles à leur logique, ils l’avaient déjà fait en février.

Le désordre a surgi en août suite à l’embrasement du cours du pétrole. Depuis, il réexplose de façon endémique, sous l’effet de la pénurie alimentaire mondiale. Le clergé bouddhiste, qui mendie son riz, trouve chaque jour moins dans sa sébile, et marche avec le peuple, donnant à la révolte une nouvelle dimension.

L’attitude de Pékin, ici, est complexe—mais le monde ne s’y est pas trompé, qui voit en lui le pays-clé, tenant en main le plus d’atouts. La Chine tient à bout de bras le régime des généraux, l’équipe, le finance, l’arme. En 2006, leurs échanges atteignaient 1,5MM$, soit +26%. Aussi la voix chinoise est la seule qu’écoute ce régime enclavé, le plus pauvre d’Asie. Le 13/09, Tang Jiaxuan, ex-ministre, conseilla à U Nyan Win, de la junte, d’aller à la démocratie «par les voies appropriées». Plus tôt, en juin, Pékin avait fait se rencontrer les généraux et le département d’Etat. En même temps, les Chinois exaspérés, reprochent aux généraux de refuser de négocier avec l’opposition, et de confondre réforme et chantiers de prestige – la junte construit Naypyidaw, nouvelle capitale en pleine jungle, grande dévoreuse de crédits, mais manquant de tout, de routes comme de réseau GSM.

La Chine a tout à craindre de la déstabilisation présente :

[1] la remise en cause de son projet stratégique d’oléoduc à 2MM$, qui permettrait à « son » pétrole importé, d’éviter le détroit de Malacca (infesté de pirates et blocable par la 6ème flotte US).

[2] Des retards d’ouverture de son gisement gazier birman. La propagation de l’instabilité vers son Yunnan, voisin.

[3] Et surtout, en cas de bain de sang, les critiques du monde, qui entacheraient leurs Jeux Olympiques!

Aussi à toutes fins utiles, depuis des mois, la Chine prépare l’après-junte : à New York, à Ruili (ville frontière), à Kunming (capitale du Yunnan), elle rencontre  l’opposition birmane. Que va-t-elle faire, à présent que le pire semble en route ? Il lui faudra de la créativité – bloquer les sanctions, ne suffira pas, et lui vaudra, assez vite, les effets négatifs du monde, qu’elle veut justement à  tout prix prévenir !

 

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