A la loupe : Le fantôme de la pénurie

Une crise cyclique rare frappe la production alimentaire mondiale. La Chine cite une hausse des prix de la viande de 49% (18,2% pour les aliments), et une inflation de 6,5%. Chiffre très optimiste, disent les experts. A Pékin, le porc qui coûtait 9,5¥/livre en 2006, en vaut 18 ¥ ! Un sondage de 20.000 ménagères, indique que 47% trouvent les prix trop élevés.

Mais la crise est faite pour durer. Sous la sécheresse, l’Australie, un des greniers du monde, réduit sa prévision -déjà mauvaise- à moins de 50% de sa 1ère estimation: seulement 12Mt de blé. D’autre part, l’agriculture du nord chinois épuise sa table aquifère, déjà descendue à 200m à Shijiazhuang (Hebei).

D’autre part, aucune solution n’existe à court terme. Le paysan ne décidera de réinvestir, qu’une fois rassuré sur l’avenir. L’éleveur porcin par exemple, doit être certain que la maladie des oreilles bleues (qui a décimé des M de truies) a un remède fiable, que le fourrage ne va pas continuer à monter, que les banques lui octroieront le crédit, que le marché ne va pas s’effondrer sous 12 mois, sous le contrecoup d’une surproduction massive.

La Chine a déjà réagi sur le marché, avec ses moyens, qui sont minces. Elle a commandé 170.000t de porc étranger, et mis en perce ses réserves  stratégiques, qui apparaissent surtout symboliques, à 30.000t qui ne suffiront que pour 4 à 6 heures de la demande. Idem, elle va adjuger 200.000t d’huile, à prix cassé. Elle multiplie aussi les baisses de taxe à l’import (de 1 à 2% !), la gratuité de péage pour les camionneurs… mais de telles mesures n’influent que peu sur les volumes et les prix !

La raison de la crise porcine vient du virus déjà cité, mais aussi la hausse du prix du fourrage: une partie du maïs et du manioc, ne va plus au bétail, mais aux distilleries d’éthanol, pétrole « vert ». Indexant ainsi, de facto, le prix du porc à celui du pétrole : en se lançant dans cette filière, la Chine a pris des risques.

La crise en Chine, est aggravée par une donnée qui lui est propre : le dogme de l’autosuffisance alimentaire, qui se heurte  à la liberté croissante du paysan. Ce sont les régions céréalières qui soufflent la tempête en Chine, en exigeant de passer à des cultures spéculatives, là où l’Etat n’arrive plus à leur imposer celles vivrières. De 1999 à 2005, selon JP Morgan, les emblavures ont réduit en peau de chagrin, de 72 à 67% des cultures.

NB : la pénurie est très visible, à quelques jours des fêtes du 1er octobre, période de gros achats, puis du XVII. Congrès. Elle est aggravée par une autre crise de confiance en la qualité de ces mêmes produits : conjonction malheureuse, qui va accélérer une remise à plat de la politique agricole, au-delà de la simple lutte anti-inflation, où 8 ministères sont sur le pont.

 

 

 

Avez-vous aimé cet article ?
Note des lecteurs:
0/5
9 de Votes
Ecrire un commentaire