Déjà assuré d’un second mandat, Hu Jintao, le Président, 1er Secrétaire et chef de l’APL, attend deux choses du XVII. Congrès : y imposer son héritier, et écarter l’opposition implantée par son prédécesseur Jiang Zemin. au Comité permanent, l’organe suprême – afin de pouvoir enfin réaliser son programme.
Deng Xiaoping imposait ses 4 points cardinaux. Jiang Zemin, ses 3 représentativités. Hu Jintao reprend en ses 4 insistances, de vieux poncifs : «libérer la pensée», l’«ouverture économique», l’harmonie sociale », la «prospérité »: vague promesse de réforme politique, mais sur les détails, Hu champion de la survie prudente, garde le silence d’un Sphinx.
Des rumeurs ressortent, révélant que Hu, tout n°1 qu’il soit, n’a pas les coudées franches. Son dauphin Li Keqiang, 52 ans, ne convainc pas. Les 10 ans de Li aux rênes du Henan et du Liaoning s’achèvent sans lustre, voire sous la critique, notamment dans sa gestion de la crise du sang contaminé au Henan, surgie avant lui (fin des années ’90), mais qu’il a tentée d’étouffer plutôt que d’assainir. Et surtout, en désignant successeur, Hu enfreint la règle de Deng, « l’empereur règne mais ne lègue pas ». Règle dont il avait lui-même bénéficié en 1993, ayant été sacré « leader de la 4ème génération », malgré Jiang Zemin qui voulait Zeng Qinghong, actuel vice Président!
Aujourd’hui, Zeng Qinghong réapparaît, avec un message fort : il veut bien aider Hu à obtenir ses pleins pouvoirs, il veut bien même se retirer pour entraîner Jia Qinglin et Li Changchun, les derniers hommes de Jiang. Faiseur de rois, il est coutumier de telle stratégie, ayant déjà dégagé en 2003 Li Ruihuan, dernier lieutenant de Deng, pour le compte de Jiang. Mais en échange, Zeng Qinghong exige que la relève, en 2012, ne soit pas l’homme de Hu Jintao, mais Xi Jinping, 54 ans, l’ex-boss du Zhejiang, catapulté en mars maître de Shanghai. Et si Hu refuse, Zeng reste !
Ces derniers mois pourtant, Hu Jintao a marqué des points, ayant placé ses hommes à 5 des 7 régions militaires, aux ministères-clés (Affaires étrangères, finances, santé) et organes qui comptent, tel He Ping, boss de Xinhua, Ma Wen, cheffe de la discipline du Parti, Wang Zhaoguo, futur patron du CPPCC (Conférence Consultative Politique du Peuple chinois). Mais cela ne suffit pas à asseoir son autorité, et pour cause : l’homme chargé des nominations du XVII. Congrès, est Zeng Qinghong – pas de hasard!
D’autre part, l’appareil, à ce tournant de son histoire, en démocratie interne, s’apprête à arbitrer ce combat des chefs. C’est que le XVII. Congrès touche des défis capitaux : environnement, santé, alimentation (cf p.2), finance et paix sociale. Trop importante pour être laissée aux mains d’un homme, la question touche à la survie du Parti, et sa séparation d’avec l’Etat.
NB : Xi Jinping et Li Changchun, les prétendants sont jeunes, pâles, et clones de leurs parrains respectifs. Ce qui explique l’absence en cette course, d’un homme tel Bo Xilai, le populaire ministre du commerce. Par son âge (57 ans) et ses talents, Bo fait moins figure de disciple, que de rival. Faute rédhibitoire, en ce système clientéliste.
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