Temps fort : Afrique : un virage politique fort

Face à l’Afrique, la Chine exprime un tournant graduel, mais spectaculaire.

Au Zimbabwe, insensiblement, elle lâche Robert Mugabe. Son aide s’y limite désormais à l’humanitaire et renonce aux projets de développement. « Trop de difficultés », dit Li Guijin, l’ambassadeur itinérant : les 7600% d’inflation, les 80% d’adultes au chômage, les rares crédits tout de suite détournés. Pékin a gelé les aides promises (2 écoles, un hôpital, un institut d’agronomie, un stade). Raison inavouée : Pékin est lasse d’être accusée par l’Ouest, de soutenir des dictatures.

Battant le monde entier de vitesse, Pékin entre avec fracas en République démocratique du Congo. Jusqu’en 2004, l’état de guerre larvée de l’ex-Zaïre, et ses 8MM$ de dettes, freinaient l’arrivée de miniers, tels Rio Tinto ou BHP Billiton, et pourtant le Zaïre renferme 36% du cobalt sur terre, 10% du cuivre, sans compter ses diamants, son or, son fer, son bois précieux et son uranium. Des palabres étaient en cours avec Banque Mondiale, Fonds monétaire Int’l et Banque africaine de développement, pour éponger 80% de la dette d’ici 2008. Or, arrive Pékin avec un chèque de 5MM$, soit 25% de la ligne de crédit promise par Hu Jintao à l’Afrique, lors de sa visite au printemps dernier.

De ce pactole, dit le ministre Pierre Lumbi, 3MM$ iront en infrastructures civiles, une route de 3400km Kisangani-Kasumbalesa (frontière Zambie), une voie ferrée de 3200km de Matadi (port atlantique) au Katanga (région des mines), 5000 logis pour fonctionnaires, 31 hôpitaux, 100 dispensaires, deux universités de classe internationale… les 2MM$ restants iront à l’équipement de JV minières, sans précision. Lumbi ajoute que les projets «favoriseront l’emploi local », et «la protection de l’environnement». Inquiets, financiers et minéraliers internationaux demandent des éclaircissements – car Kinshasa, selon les règles, ne doit pas souscrire de nouvelles dettes, autres que concessionnaires… A suivre!

Enfin, c’est peu de choses, mais qui en change beaucoup : A. Natsios, l’envoyé américain au Darfour (Soudan) témoigne pour la 1ère fois que la Chine joue un rôle « positif » en coulisses, pour guider le Soudan hors de sa guerre civile ayant déjà coûté 200.000 vies. Pékin a déjà convaincu Khartoum d’accepter la force de paix mixte ONU/OUA (organisation de l’unité africaine), et prépare l’envoi de 300 ingénieurs en soutien, en octobre.

NB : Pas de doute : la Chine convoite toujours les richesses du sous-sol africain, mais commence à jouer selon les règles internationales. A ce stade de constitution de sa sphère d’influence, Pékin découvre l’intérêt de soigner son image, et de prouver son désir d’améliorer le sort des sociétés locales.

 

 

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