Au Xinjiang, capricieux territoire aux marges de l’Empire, les années ’90 avaient été émaillées de bouffées de révoltes ouïgoures, étouffées dans le sang. Puis les attentats de New York (11/9/2001) avaient permis un ratissage policier encore plus sévère (2000 arrestations), profitant du consensus planétaire contre l’intégrisme islamiste. Depuis, un lourd silence sur le Xinjiang, avait pu faire espérer une normalisation, fondée sur l’enrichissement et le pétrole.
Cependant l’incident grave qui vient de se produire (5/01), prouve qu’il n’en est rien : Pékin annonce la destruction d’un camp clandestin d’entraînement du MITO (Mouvement islamique du Turkestan oriental), organisation séparatiste, déclarée terroriste par l’ONU en 2002. La frappe se solderait par la mort de 18 combattants (et celle d’un officier de police), l’arrestation de 17 autres. Armes à feu, grenades et explosifs auraient été saisis. C’est la 1ère fois que la Chine annonce une capture de telle importance sur son sol. Le secret plane sur tout autre détail, notamment comment la Chine a eu vent de l’existence de ce centre caché dans le district d’Akto à 200km du Kirghizstan, sur le plateau des Pamirs, en altitude. Le MITO, proche d’Al Qaeda, comptait plus de 1000 combattants avant d’être sévèrement décimé lors de la campagne d’Afghanistan, en 2003. En l’absence de détails, Rebyia Kadeer, dissidente ouïgoure pacifiste en exil en Amérique, et des experts de la région, tel Dru Gladney, manifestent leur scepticisme quant à l’appartenance de ce groupuscule au MITO.
Ce qui semble par contre indiscutable, est le retour sur le terrain d’organisations armées résistant à la force publique, possible grâce au soutien de l’étranger, et à une ligne permanente d’approvisionnement avec l’Islam extérieur. Éveil amer : dans ce territoire grand comme trois fois la France, riche en pétrole et en ressources agricoles, les 8,5M de Ouighours, même modérés, ne sont pas à la veille d’un pardon ou d’une intégration. Hormis les tracasseries, ils dénoncent la discrimination économique, les pressions sur leur église, et leur culture.
Après la découverte du camp, police et armée sont une fois de plus en alerte maximale. Si le cas s’avère isolé, Pékin pourra respirer. Si par contre, d’autres événements similaires devaient intervenir, l’Etat devrait réévaluer sérieusement sa stratégie de paix et de développement autoritaire : changer la donne, en y ajoutant l’élément qui fait défaut—plus de voix au chapitre aux autochtones !
Sommaire N° 2